Article de Komune Média
SOS Méditerranée pris pour cible par les garde-côtes libyens en pleine mer
Le 24 août, l’Ocean Viking de SOS Méditerranée a été pris pour cible par les garde-côtes libyens après avoir secouru 87 personnes la veille. Récit d'une attaque.

Chers lecteurs, je m’appelle Hannah. Étudiante en droit et passionnée par la défense des droits des personnes réfugiées, je souhaite aujourd’hui vous raconter une attaque aussi récente que grave : celle dont a été victime l’équipage de SOS Méditerranée en pleine mission de sauvetage en mer, il y a 2 semaines.
Un tir en pleine mer
Le dimanche 24 août dans l’après-midi, alors qu’il se trouvait en eau internationale, à environ 40 milles nautiques (74 km) au nord des côtes libyennes, l’Ocean Viking, navire affrété par l’ONG SOS Méditerranée, a été pris pour cible par les garde-côtes libyens. À son bord se trouvaient 87 personnes qui venaient d’être secourues, ainsi que l’équipage du bateau.
À 12h30, le navire avait reçu l’autorisation du Centre de Coordination de Sauvetage Maritime Italien (RCC) de s’écarter de sa route initiale afin de partir à la recherche d’autres potentielles embarcations en détresse. Plus tard, dans l'après-midi, alors que l’Ocean Viking menait cette opération, un patrouilleur des garde-côtes libyens s’est approché du navire humanitaire et a demandé à l’équipage de quitter la zone et de mettre le cap vers le Nord. SOS Méditerranée s’apprêtait à se conformer à cette demande (malgré le fait qu’il ait le droit d’être là) lorsque, sans aucun avertissement, les garde-côtes libyens ont ouvert le feu.

Pendant près de 20 minutes, des tirs ont visé le navire et son équipage. Le patrouilleur a délibérément encerclé l’Ocean Viking, ciblant notamment la passerelle, où se trouvait le personnel de bord. Des balles ont atteint du matériel de sauvetage, des fenêtres, des antennes, et plusieurs impacts à hauteur de tête ont été constatés.
Durant toute l’attaque, l’Ocean Viking était en contact avec le Centre de Coordination Maritime Italien (RCC) qui a pour mission de gérer la zone de recherche et de sauvetage. La zone de recherche et de sauvetage (dite SAR pour Search and Rescue) désigne l’espace maritime où un État est responsable de coordonner toute opération visant à secourir des personnes en détresse en mer.
L’équipage de SOS Méditerranée a demandé au RCC d’intervenir auprès des autorités libyennes pour faire cesser les tirs, sans succès.

Personne n’a été blessé et les 87 rescapés ont pu être mis en sécurité. L’Ocean Viking a alors lancé un appel de détresse et alerté l’OTAN. Le RCC italien lui a indiqué de se diriger vers un navire de la Marine italienne, le plus proche, mais ce dernier n’a jamais répondu aux appels téléphoniques de l’équipage.
« Nous exigeons une enquête complète sur les événements d’hier après-midi et que les responsables de ces attaques mettant nos vies en danger soient traduits en justice », déclare Sophie BEAU, Directrice générale de SOS Méditerranée France
Un précédent passé sous silence
Cet acte n’est malheureusement pas un cas isolé. Le 25 mars 2023, alors qu’il se trouvait en eaux internationales et faisait route vers une embarcation en détresse, l’Ocean Viking a été confronté à une intervention violente des garde-côtes libyens. Une fois sur zone, un patrouilleur s’est approché de manière agressive, brandissant des armes, tirant des coups de feu en l’air et rendant le sauvetage impossible. Les quelque 80 personnes que l’équipage s’apprêtait à secourir ont alors été interceptées par les garde-côtes libyens et renvoyées de force en Libye.
Aucune enquête sur cet événement n’a été ouverte, malgré les demandes de la part de SOS Méditerranée.
Mais alors, pourquoi la Libye reste intouchable ?
Ces violences ne sont pas isolées : elles révèlent surtout une question plus large, celle du rôle que l’Union européenne et ses États membres continuent d’attribuer à la Libye.
Dans notre prochain numéro, nous reviendrons sur les accords entre l’Union européenne, l’Italie et la Libye, qui permettent à de telles attaques de rester impunies.
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