Article de Komune Média
Le Venezuela, symptôme d’un droit international instrumentalisé
Bombardements à Caracas, capture de Maduro : Washington invoque le narcotrafic, révélant un droit international instrumentalisé, héritier du colonialisme.

Bombardements à Caracas, capture d’un chef d’État étranger, justification au nom de la “lutte contre le narcotrafic”… L’intervention américaine au Venezuela a tout d’un épisode de plus dans l’histoire des ingérences. Mais elle pose surtout une question centrale : à quoi sert réellement le droit international lorsqu’une grande puissance décide d’agir ?
Présenté comme un cadre commun censé protéger les États, encadrer l’usage de la force et garantir le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, le droit international semble, dans ce type de situation, fragile, contournable, voire instrumentalisé.
Dans cette série en deux volets, nous allons donc nous intéresser au droit international : entre héritage colonial et ingérences actuelles. D’abord à travers le cas du Venezuela, puis dans quelques jours, en remontant à ses origines et à la manière dont il a été façonné, et reste largement dominé, par les puissances occidentales.
Dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026, les États-Unis ont mené des bombardements sur Caracas, la capitale du Venezuela.
Plus tôt dans la journée, le président américain Donald Trump avait annoncé sur son réseau social Truth Social, la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro ainsi que de son épouse.
Cette capture intervient dans un climat de fortes tensions entre les États-Unis et le Venezuela depuis plusieurs mois. En effet, un porte-avions, au moins sept navires de guerre et près de 15 000 soldats américains ont été déployés dans les Caraïbes afin d’intercepter des embarcations soupçonnées d’être responsables de trafic de drogue. L’armée américaine a d’ailleurs bombardé certaines embarcations, provoquant la mort d’une centaine de personnes. Donald Trump affirme que ces opérations visent à lutter contre le narcotrafic.

« Tweet » de D. Trump sur son réseau social Truth Social concernant l’attaque au Venezuela.
Source : https://truthsocial.com/@realDonaldTrump/posts/115830428767897167
Concrètement, derrière cette attaque se cache avant tout un intérêt stratégique et pétrolier majeur pour les États-Unis. Le Venezuela possède en effet la plus grande réserve de pétrole au monde.
De plus, dans sa Stratégie de sécurité nationale, publiée le 5 décembre dernier, l’administration Trump a affirmé explicitement le droit et la volonté des États-Unis de dominer l’Amérique latine, en réaffirmant notamment la doctrine Monroe, qui condamne toute ingérence européenne sur le continent américain, et inversement. Sa stratégie prévoit, entre autres, le renforcement de la présence militaire américaine en Amérique latine, ainsi que le recours à la force létale contre les personnes migrantes et les trafiquants.
Ce schéma n’a rien de nouveau. L’histoire de l’Amérique latine est marquée par de multiples interventions américaines : le coup d’État au Chili en 1973, celui en Bolivie en 1971, ou encore l’embargo imposé à Cuba depuis 1962, parmi bien d’autres exemples.
Plus largement, les interventions américaines souvent menées au nom de la “démocratie”, mais guidées, en réalité, par des intérêts stratégiques et économiques, n’ont jamais permis d’installer un régime démocratique stable et durable. Elles ont souvent laissé derrière elles des pays fragilisés, en guerre ou profondément instables. L’Afghanistan en est l’exemple le plus frappant : après vingt ans de présence militaire, aucun État stable n’a émergé, tandis que le conflit a coûté la vie à des centaines de milliers de civils.
On vous conseille d’ailleurs d’aller voir le post de Géopolitiquons sur Instagram, qui retrace « les changements de régime opérés par les États-Unis », afin de voir si cela a réellement amélioré le sort des populations concernées.
Une violation du droit américain et du droit international
La capture du Nicolás Maduro constitue tout d’abord une violation manifeste du droit américain. Aux États-Unis, le président doit obtenir l’aval du Congrès pour tout “acte de guerre” ou conflit à l’étranger. George W. Bush avait, par exemple, reçu cette autorisation avant l’intervention en Irak en 2003. Donald Trump, en revanche, n’a sollicité aucun accord du Congrès, illustrant ainsi une dérive impérialiste du pouvoir.
Après l’arrestation de Nicolás Maduro, Donald Trump a déclaré vouloir « gouverner le Venezuela jusqu’à ce qu’une transition sûre soit mise en place ». Sur le plan international, une telle déclaration, ainsi que les bombardements et la capture du président, sont assimilables à un acte d’agression armée sans justification légale, portant atteinte à la souveraineté du Venezuela.
Cette action viole également le principe fondamental du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, inscrit à l’article 1.2 de la Charte des Nations unies. Ce principe garantit à chaque peuple le droit de déterminer librement son statut politique, sans ingérence étrangère.
Dans ce contexte, le droit international apparaît vidé de son sens, ignoré et relégué au second plan.

Le droit d’ingérence : un principe détourné
Toutefois, la capture du président vénézuélien peut être expliquée par le droit d’ingérence humanitaire, selon lequel un État peut, voire doit, intervenir dans un autre pays en cas de catastrophe humanitaire grave, sans devoir nécessairement obtenir le consentement préalable.
Cependant, ce principe est régulièrement détourné par certaines puissances, notamment les États-Unis, pour servir des objectifs de domination néocoloniale. Il a été invoqué sans fondement lors de l’invasion de l’Irak en 2003, ou encore par la Russie lors de l’invasion de l’Ukraine en 2022.
Aujourd’hui, Donald Trump justifie son intervention au Venezuela par la lutte contre le narcotrafic. Son emprisonnement a eu lieu à New York, où il doit comparaître pour « narcoterrorisme » et « importation de cocaïne ». Mais cet argument est largement infondé.
Le président vénézuélien n’en reste pas moins le chef d’un régime autoritaire. D’après Amnesty International, l’année 2024 a été marquée par une répression massive au Venezuela : manifestations violemment écrasées après la présidentielle de juillet, arrestations arbitraires par milliers, y compris de mineur·e·s, cas de disparitions forcées, allégations de torture en détention, harcèlement des journalistes et des ONG, et impunité quasi systématique des forces de sécurité. Le pouvoir s’est également employé à entraver l’opposition et à museler la presse indépendante, dans un contexte où la Cour pénale internationale a autorisé la reprise d’une enquête sur des allégations de crimes contre l’humanité.
Les accusations brandies par Washington, présentées comme une opération de “justice” contre un responsable du narcotrafic, apparaissent surtout comme un alibi politique, d’autant plus fragile au regard des contradictions de l’administration Trump en matière de lutte antidrogue.
Le Venezuela n’est pas un acteur majeur de la production de fentanyl. Par ailleurs, la crise des opioïdes aux États-Unis trouve son origine dans les années 1990. Elle débute avec la commercialisation massive de l’OxyContin, un médicament à base de morphine. Cette commercialisation, réalisée par le groupe pharmaceutique Purdue Pharma, a été autorisée par le gouvernement américain. Cette crise a notamment causé la mort d’environ un million de personnes par overdose.
En parallèle, Donald Trump a récemment accordé sa grâce à Orlando Hernández, président du Honduras de 2014 à 2022. Celui-ci dirigeait notamment un important réseau de trafic de drogue et purgeait une peine de 45 ans de prison à New York.
Sa lutte contre le narcotrafic trouve-t-elle donc ses limites lorsque ses intérêts sont en jeu ?
Finalement, pour comprendre pourquoi le droit international semble aujourd’hui impuissant, voire instrumentalisé, dans ce type de situation, il est nécessaire d’en examiner les fondements.
La suite de cet article, publiée dans quelques jours, reviendra sur les origines coloniales du droit international et les logiques de domination qui le traversent encore.
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