Article de Komune Média
Reconnaissance de la Palestine : historique ou insuffisante ?
Le 22 septembre 2025, Macron reconnaît la Palestine à l’ONU : geste historique ou simple symbole face à l’occupation et au génocide ?

Le 22 septembre 2025, Emmanuel Macron a annoncé devant l’AGNU (Assemblée générale de l’ONU) à New York la reconnaissance officielle de l’État de Palestine. Quelques jours auparavant, le Royaume-Uni, le Canada et d’autres pays avaient déjà franchi ce pas.
Cette décision intervient pourtant dans un contexte particulièrement sombre : au même moment, Benyamin Netanyahou annonçait le lancement d’une offensive terrestre contre Gaza-ville pour « anéantir le Hamas », la Cisjordanie est en cours d’annexion avec l’aval d’un tribunal israélien, et une commission d’enquête de l’ONU concluait qu’Israël commettait un génocide à Gaza.
Dans ce contexte, marqué par une politique génocidaire, d’apartheid et de colonisation, menée par le gouvernement israélien, la reconnaissance de la Palestine pourrait-elle avoir un réel impact ?

Reconnaître un État : signification
Afin de bien comprendre ce que signifie la reconnaissance d’un État, il faut d’abord savoir comment se constitue un État.
Selon la Convention de Montevideo de 1933, quatre critères doivent être remplis :
un territoire,
une population permanente,
un gouvernement souverain,
la capacité à entretenir des relations diplomatiques internationales.
Il faut souligner que, selon l’art. 3 de ladite Convention, la reconnaissance n’est pas un critère d’existence d’un État.
La Palestine répond donc à ces conditions depuis au moins 1947, lorsque la résolution 181 de l’ONU a prévu le partage du territoire : 56 % pour Israël, 42 % pour la Palestine, et Jérusalem (2 %) placée sous statut international, en tant que corpus separatum.
Or, Israël ne veut pas d’un État palestinien. En témoigne l’offensive sioniste dès mai 1948, au lendemain de la reconnaissance de l’État d’Israël, obligeant environ 700 000 Palestiniens à l’exil. Cet exode, appelé la Nakba (« catastrophe » en arabe), a marqué le début d’un déracinement massif des populations palestiniennes. Depuis cette date, Israël a continué d’étendre son contrôle par l’occupation et la colonisation, redessinant constamment les frontières.
La guerre des Six Jours en 1967 a marqué un tournant décisif : Israël occupe illégalement la Cisjordanie, Jérusalem-Est et la bande de Gaza. Depuis 1967, on recense plus de 700 000 colons israéliens vivant illégalement dans 156 colonies et 250 avants postes en Cisjordanie et Jérusalem-Est. Un avant-poste est une colonie construite sans l’approbation préalable du gouvernement israélien, mais qui est soutenue tacitement par celui-ci. Les avants-postes sont légalisés plus tard par la loi israélienne. Selon le droit international, cela reste complètement illégal.
En 2012, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté la résolution 67/19, qui reconnaît l’intégrité territoriale palestinienne et son droit à l’autodétermination. En 2022, la CIJ (Cour internationale de Justice) a rendu un avis consultatif sans appel : l’occupation israélienne est illicite et doit prendre fin. Israël a l’obligation de se retirer des territoires occupés (Cisjordanie, Jérusalem-Est et la bande de Gaza) et de réparer les préjudices causés aux Palestiniens. Mais malgré ces décisions, la situation n’a fait que s’aggraver.

Reconnaissance sans actes : un symbole vidé de sa portée
À l’été 2025, une conférence internationale coprésidée par la France et l’Arabie saoudite s’est conclue par la « Déclaration de New York », qui posait les bases d’un règlement pacifique et appelait à la mise en place d’un État palestinien. Plusieurs pays ont alors annoncé reconnaître la Palestine.
Mais cette reconnaissance s’inscrit dans un décalage profond entre les discours diplomatiques et la réalité en Palestine. Pour de nombreux Palestiniens, ce geste n’est pas assez fort.
Dans le camp de réfugiés d’Al Mawassi, à Khan Younès, le docteur Hani Badrane, déplacé de force du nord de Gaza, témoignait :
« Vous, la France, le Royaume-Uni, le Canada… vous êtes restés silencieux pendant deux ans. Que signifie aujourd’hui reconnaître l’État palestinien ? Cette reconnaissance me rendra-t-elle ma famille ? Mon travail ? Mon nom ? »
Le discours d’Emmanuel Macron reflète cette déconnexion. Il conditionne l’ouverture d’ambassades et de consulats à la libération des otages et à un cessez-le-feu.
Or, imposer des conditions à la reconnaissance de l’État de Palestine revient à affaiblir le geste et à le vider de sa portée. Plus encore, au lieu de s’arrêter à la reconnaissance, la France et les autres pays auraient dû engager des mesures concrètes : appliquer les décisions de la CIJ et de l’AGNU, c’est-à-dire :
exiger la fin du blocus et de la colonisation,
le retrait israélien des territoires palestiniens occupés,
sanctionner Israël pour non-respect du droit international,
prévenir le génocide et suspendre les exportations d’armes (dont l’Union européenne fournit la moitié).
Ainsi, la reconnaissance de la Palestine est une étape importante mais insuffisante. Elle rappelle le droit fondamental du peuple palestinien à l’autodétermination et à un État indépendant, mais sans actes concrets, elle reste une déclaration vide.
Les Palestiniens ont besoin de garanties réelles : protection des civils, fin de l’occupation et du génocide, et mise en œuvre de sanctions qui auraient un impact concret sur la politique israélienne. Tant que rien de tout cela n’est appliqué, la reconnaissance risque d’apparaître comme un geste de communication, destiné à rassurer les opinions publiques plus qu’à changer la réalité.
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