Article de Komune Média
Mouvements Gen Z : pourquoi la jeunesse se révolte-t-elle ?
Partout dans le monde, la Gen Z descend dans la rue pour dénoncer la corruption et réclamer un vrai changement.

Ces dernières semaines, des pays comme le Népal, le Maroc, l’Indonésie, le Pérou, Madagascar et bien d’autres ont été secoués par des manifestations massives, exprimant un profond ras-le-bol face à la politique générale de leurs gouvernements.
Derrière ces soulèvements, un nom revient : le mouvement “Gen Z”. Cette appellation désigne la génération Z, c’est-à-dire les personnes nées entre la fin des années 1990 et le début des années 2010.
Souvent critiquée par les générations précédentes pour sa dépendance aux écrans et à Internet, cette jeunesse prend aujourd’hui la parole. Elle s’organise en ligne et documente les répressions subies sur le terrain : face à des politiques corrompues, les fractures sociales deviennent insupportables.
Tour d’horizon des pays où la jeunesse se mobilise ⬇️
Madagascar 🇲🇬

Le 25 septembre 2025, d’importantes manifestations ont éclaté sur l’île. À l’origine : un profond “ras-le-bol”, en particulier chez les jeunes Malgaches, qui peinent à vivre dans des conditions dignes. Entre les coupures d’électricité pouvant durer de 8 à 12 heures par jour, l’accès limité à l’eau potable et une corruption généralisée à tous les niveaux de la société, la population vit dans des conditions de plus en plus difficiles.
Le slogan « Leo delestazy » (« Marre des délestages », « Fatigué des illusions » en malgache) ainsi que le drapeau de One Piece, représentant Luffy, le jeune pirate en quête de liberté et de justice face à un gouvernement corrompu, sont devenus les symboles de la contestation.
Le bilan est grave : au moins 22 morts et des centaines de blessés. La police a d’abord utilisé des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc, avant de tirer à balles réelles sans sommation.
Autre élément marquant, des scènes de pillage et de vandalisme ont été rapportées. Le gouvernement s’en est servi pour discréditer le mouvement, alors qu’il est soupçonné d’avoir orchestré lui-même ces actes en payant des individus chargés de provoquer le chaos afin de nuire à l’image des manifestants.
Dernièrement, en réaction aux mouvements de contestation, le président Andry Rajoelina a annoncé la dissolution du gouvernement. Mais ces engagements ne suffisent pas encore à apaiser la révolte.
Découvrez le témoignage de Audrey Randriamandrato, activiste malgache sur notre compte instagram ⬇️
Maroc 🇲🇦
La GenZ 212 (en référence à l’indicatif téléphonique du Maroc, +212) est descendue dans les rues de plusieurs villes ces derniers jours pour dénoncer la corruption et les inégalités. Ces manifestations s’inscrivent dans un contexte tendu : huit femmes sont décédées en dix jours seulement, à la suite d’accouchements par césarienne à l’hôpital Hassan II d’Agadir, révélant ainsi de graves carences dans le système de santé.
Les manifestants pointent également le fossé grandissant entre le peuple et les élites. D’un côté, des infrastructures flambant neuves pour la CAN 2026, de l’autre, un manque criant de ressources dans l’éducation, la santé, l’emploi ou encore le logement.
Dans les rues, un slogan revient :
“La santé en premier, on ne veut pas la Coupe du monde.”
La Gen Z demande également la démission du premier ministre Aziz Akhannouch. Il avait promis la création d’un million d’emplois en cinq ans, soit 200 000 par an, mais les Marocains constatent aujourd’hui que ces promesses étaient irréalistes au vu de l’incapacité du gouvernement à les concrétiser.
À ce jour, au moins 3 jeunes ont été tués par la police, plus de 300 personnes blessées et 400 manifestants interpellés à travers le pays.

Pérou 🇵🇪
Les 20 et 21 septembre, des manifestations ont éclaté à Lima. Les jeunes protestaient contre le gouvernement de Dina Boluarte, présidente contestée depuis 2022, accusée de “saper l’État de droit”.
La violence policière a de nouveau été dénoncée : 85 agressions recensées, dont 20 blessés graves.
Cela ravive un souvenir douloureux : en 2022, après l’arrivée au pouvoir de Dina Boluarte, des manifestations massives avaient éclaté, où 49 personnes avaient été tuées.
Népal 🇳🇵
Début septembre, des milliers de jeunes ont manifesté dans les rues de Katmandou et dans d’autres villes du pays. En cause : la censure des réseaux sociaux, la corruption endémique et le népotisme des dirigeants. Ce népotisme est notamment représenté par le phénomène des “népo-kids”. Une jeunesse dorée, proche des dirigeants, qui affichent un train de vie luxueux sur les réseaux sociaux, sans jamais expliquer d’où provient l’argent. En témoigne la vie luxueuse postée sur les réseaux sociaux de la fille de l’ex ministre de la Santé.
Encore une fois, la Gen Z est au cœur du mouvement.
Le Parlement, la Cour Suprême et le Singha Durbar (siège du gouvernement) ont été envahis. L’aéroport a été fermé.
La répression a été d’une extrême violence : plus de 50 personnes tuées et des centaines de blessés.
Le Premier ministre Khadga Prasad Oli a démissionné. En attendant les prochaines élections prévues en mars 2026, c’est Sushila Karki, élue à l’issue d’un vote organisé sur Discord (un réseau social), qui a été chargée d’assurer la transition et de “maintenir l’unité nationale”.
Indonésie 🇮🇩
Fin août, l’Indonésie s’est enflammée. Les jeunes sont descendus dans la rue pour protester contre l’augmentation du coût de la vie, le chômage et l’attribution injustifiée d’avantages sociaux à certains députés.
La diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo où un véhicule blindé de la police écrase Affan Kurniawan, un chauffeur de moto-taxi, a embrasé les manifestations. L’indignation a été immédiate.
Les autorités ont procédé à plus de 3 000 arrestations. Environ 10 personnes ont été tuées, et de nombreux blessés ainsi que des disparus sont à déplorer.
Un dénominateur commun : corruption et inégalité
Dans tous ces pays, les causes profondes sont similaires : politiques corrompues, pauvreté, inégalités sociales entre une élite riche et une population marginalisée.
Et un modèle d’action partagé : la mobilisation via les réseaux sociaux, impulsée par des jeunes, suivie d’une répression policière brutale et souvent meurtrière.
Pourtant, le droit de manifester est un droit fondamental, protégé par le droit international et, très souvent, le droit national.
Malgré cela et partout dans le monde, la violence grandissante des forces de l’ordre, durant les manifestations, inquiète et l’impunité reste la norme.
Jusqu’où cette répression ira ?
En solidarité avec la Gen Z, plusieurs formes d’action émergent :
relayer la parole des personnes directement concernées : sur Instagram @gen_z_madagascar, @moroccan_youthvoice, @gen.znepal…
soutenir financièrement les initiatives locales à travers les cagnottes vérifiées,
participer aux mouvements citoyens ou associatifs,
et repenser les modes de consommation et de déplacements touristiques.
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