Article de Komune Média
Mayotte : le 101ᵉ département français oublié
À Mayotte, l’eau ne coule plus tous les jours. Une crise hydrique majeure révèle le désengagement de l’État, trop souvent masqué par le discours sur l’immigration.

Le 7 octobre 2025, une vidéo publiée sur TikTok par un jeune Mahorais, @Mec_star-lok, témoigne de la détresse quotidienne à Mayotte face au manque d’eau. Il y raconte partir au lycée sans pouvoir se laver, qu’à l’école une seule bouteille d’eau est partagée entre deux élèves, et qu’il arrive de passer plusieurs jours sans qu’une seule goutte ne coule au robinet.

Cette situation dure depuis plusieurs années. À Mayotte, l’eau ne coule pas tous les jours, et les causes sont multiples. Concrètement, les Mahorais alternent entre de longues périodes de 96 heures sans eau (désormais réduites à 36 heures) et de brèves périodes de 24 heures avec de l’eau.
L’unique usine de dessalement, vieillissante, fonctionne de manière irrégulière, rendant l’approvisionnement instable. Une nouvelle usine doit voir le jour à Ironi Bé d’ici 2026–2027, mais le manque de financements, les lenteurs administratives et les conditions climatiques font redouter de nouveaux retards.
Des solutions techniques existent comme les générateurs d’eau atmosphérique ou la filtration des rivières mais elles ne sont pas exploitées, faute de moyens. En octobre 2025, des travaux menés dans l’usine de potabilisation d’Ouroveni, située aux Grandes Comores, pays voisin de Mayotte, ont provoqué des coupures d’eau allant jusqu’à 96 heures dans le sud de l’île. Une fois les travaux achevés, ces coupures devraient être ramenées à 36 heures, sans pour autant disparaître complètement.
En 2023 déjà, la sécheresse et le manque d’investissements publics avaient réduit les ressources disponibles, sans que la situation ne revienne à la normale.
Cette crise de l’eau affecte profondément la population mahoraise.
En colonisant Mayotte à partir de 1841, puis en en faisant un département français en 2011, la France s’est engagée à garantir à ses citoyens une égalité d’accès aux services publics, comme dans l’Hexagone. Pourtant, sur l’île, l’accès à l’eau reste aujourd’hui un défi quotidien.
Détourner l’opinion publique du délaissement de l’État français
Dans le débat public, l’immigration est souvent présentée comme la principale cause des difficultés de Mayotte. Le Rassemblement National y obtient d’ailleurs ses meilleurs scores, en liant insécurité et migration “incontrôlée”. Pourtant, la crise hydrique n’a rien à voir avec ces enjeux. Ce sont les populations les plus pauvres, souvent sans papiers, qui en subissent le plus durement les conséquences.

Le vrai problème réside dans le manque d’investissements structurels et l’inaction durable de l’État. Près de 77 % des Mahorais vivent sous le seuil de pauvreté, et beaucoup habitent dans des logements précaires.
L’exemple du cyclone Chido, en décembre 2024, l’illustre clairement. Alors que l’île subissait d’importants dégâts, les premières réactions politiques ont rapidement détourné le sujet vers l’immigration. Bruno Retailleau a tweeté que la reconstruction devait commencer par la lutte contre l’immigration, détournant encore une fois le sujet et évitant de remettre en cause la responsabilité de l’État.

Accuser l’immigration irrégulière d’être la cause des problèmes à Mayotte est une simplification abusive : non seulement cela détourne l’attention des manquements de l’État, mais cela occulte aussi tout le contexte historique et géographique qui explique les migrations entre Mayotte, les Comores et les territoires voisins. Comprendre ce contexte est essentiel pour saisir pourquoi ces déplacements existent, et pourquoi ils constituent un fait social durable, qu’aucune politique ne peut réellement « maîtriser » sans porter atteinte aux droits fondamentaux.
👉 Pour en savoir plus sur cette histoire et ses enjeux, vous pouvez lire cet article.
Pendant ce temps, des semaines après la catastrophe, l’électricité et le réseau mobile restaient instables, selon le maire de Mamoudzou, Ambdilwahedou Soumaila.
Les difficultés ne se limitent pas à l’accès à l’eau. Les écoles sont surchargées, près de 15 000 enfants ne sont pas scolarisés (soit plus de 10% des enfants vivant sur l’île), et le coût de la vie y est bien plus élevé qu’en métropole : les prix sont en moyenne 10 % plus chers, et jusqu’à 30 % pour les produits alimentaires. Selon l’Insee, la moitié de la population vit avec moins de 260 euros par mois. Après le cyclone, la destruction des cultures a encore aggravé la situation.
S’ajoutent à cela des salaires impayés, des logements précaires et un accès limité à l’électricité.
À Mayotte, la crise de l’eau dépasse le simple manque d’infrastructures : elle révèle un désengagement durable de l’État.
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