Article de Komune Média
L’Observatoire de l’immigration et de la démographie, un rouage dans une galaxie conservatrice internationale (3/3)
L’OID s’inscrit dans un réseau de soutiens nationaux et internationaux qui participent à promouvoir des politiques migratoires plus restrictives. Qui sont-ils ?

L’Observatoire de l’immigration et de la démographie (OID) est un think tank qui publie des rapports sur l’immigration avec des recommandations à destination des politiques. Dans le premier article, nous avons zoomé sur ses propositions économiques libérales et restrictives en matière de politique migratoire. Dans un second nous nous sommes penchés sur les nombreux liens entretenus avec la droite et l’extrême-droite, y compris au sein du gouvernement.
L’OID est-il vraiment un acteur isolé ? Comment expliquer qu’une structure aussi jeune bénéficie d’un tel poids politique et médiatique ?
L’OID, un instrument du projet Périclès
Si l’Observatoire de l’immigration et de la démographie est créé en 2020, il est financé par le projet Périclès depuis automne 2023. Arnaud Rérolle, le président de Périclès, reconnaît que l’OID fait partie des cinq projets principaux de Périclès, qui reçoivent une aide “significative” de plusieurs centaines de milliers d’euros.

Périclès, c’est le projet du milliardaire Pierre-Edouard Stérin. D’après un document révélé par L’Humanité, Périclès aurait envisagé un investissement massif pour favoriser une victoire électorale de l’extrême droite. Notamment via ces différents objectifs :
Permettre au RN à remporter plus de 1 000 mairies en 2026,
un candidat à la présidentielle 2027,
la majorité absolue à l’Assemblée Nationale.
Le 13 mai 2025, Arnaud Rérolle a été interrogé dans le cadre d’un comité d’enquête à l’Assemblée Nationale pour une possible “interférence au fonctionnement démocratique”, notamment sur un financement non déclaré de campagne. Il a indiqué que les ambitions de Périclès “avaient changé” et affirme le maintien du projet dont il redéfinit les objectifs de manière à ce qu’ils entrent dans le cadre légal : “une société d’intelligence politique qui suscite conseil et finance des initiatives citoyennes en vue de constituer un écosystème économique et politique favorable au développement de la France”.
L’Observatoire de l’immigration et de la démographie constituerait donc un des projets principaux de Périclès. Il percevrait une aide financière importante, mais également un suivi renforcé (minimum une réunion mensuelle, échanges hebdomadaires).
En plus de cet accompagnement personnalisé, le co-fondateur de l’OID, Maxime Hemery Aymar, semble occuper une place particulière au sein de Périclès. Lors de la commission d’enquête, il semblait jouer un rôle de “conseil” auprès d’Arnaud Rérolle.

Périclès affirme défendre des valeurs “libérale-conservatrice” dont la ligne politique peut être identifiée à travers la signification de l’acronyme officiel de P.E.R.I.C.L.E.S : Patriotes, Enracinés, Résistants, Identitaires, Chrétiens, Libéraux, Européens, Souverainistes.
Le projet Périclès, lié à un réseau mondial de libertarien
Plusieurs éléments indiquent une proximité croissante entre les initiatives portées par Pierre-Édouard Stérin et les principes défendus par le réseau Atlas.
Mais qu’est-ce que c’est ? “Atlas network” est un réseau qui a pour objectif de rassembler des organisations aux idées libertariennes économiques (contre la régulation et la fiscalité) et ultra-conservatrices (contre les droits des femmes, des minorités, des étrangers…) dans le but d’obtenir des victoires dans la “bataille des idées”. Les membres du réseau ont souvent fait fortune dans l’industrie du pétrole et du tabac.
En 2023, le réseau Atlas revendique 589 partenaires dans près de 103 pays. Le réseau revendique plusieurs victoires politiques significatives. Par exemple, l'élection du président libertarien Javier Milei en Argentine, l'empêchement de droits pour les peuples autochtones australiens, une influence dans le Brexit…
Même si il n’est pas aussi puissant et organisé qu’aux États-Unis, le réseau Atlas se développe en France. / Atlas France, qu’est-ce que ça donne ?

Depuis les années 2010, Atlas France prend de l’ampleur. Parmi les organisations importantes, on trouve l’Institut de formation politique (IFP), une école non reconnue par l’État qui forme les futurs cadres de l’extrême-droite et de la droite. On trouve également Contribuables Associés, une association de “défense des contribuables” dont les combats principaux visent à défendre les intérêts des plus riches (comme par exemple la suppression de l’ISF). D’autres organisations ont également un certain pouvoir : la fondation Institut pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques (IFRAP), l’Institut économique Molinari ou encore l’Institut de recherches économiques et fiscales (IREF). De manière générale, ces organisations défendent les intérêts des plus aisés, la privatisation des services publics et critiquent les impôts et les systèmes de redistribution.
Certaines figures associées à Atlas France ont pris publiquement position en faveur de partis d’extrême droite, ou y ont exercé des responsabilités (Rassemblement National et Reconquête).
Pierre-Edouard Stérin partage les idéaux libertariens-conservateurs du réseau Atlas. Avec ses projets (Périclès mais également le Fonds du Bien Commun), ils s’insèrent parfaitement dans la galaxie d’Atlas France.

Entre le projet Périclès et le réseau Atlas, on constate un certain nombre de liens. Par exemple, ils financent tous les deux l’Institut de formation politique (IFP). Les membres de Périclès étaient également invités au Forum européen des libertés organisé par Atlas qui se déroulait à Bruxelles à la fin du mois de mai 2025.
L’OID présente plusieurs connexions avec la sphère Atlas, notamment à travers le parcours de son cofondateur et certaines affiliations croisées. La Bourse de Tocqueville, dont Nicolas Pouvreau-Monti (cofondateur de l’OID) a bénéficié en 2019, est un instrument de familiarisation qui envoie chaque année des jeunes français rencontrer des grandes figures du monde libertarien-conservateur aux Etats-Unis. Elle a été créée par Alexandre Pesey, figure phare dans l’implantation et l’expansion d’Atlas France. Pierre-Edouard Stérin indique d’ailleurs entretenir de bonnes relations avec Alexandre Pesey.
Durant son année aux Etats-Unis, Nicolas Pouvreau-Monti rencontre d’autres organisations libérales-conservatrices qui travaillent sur la question migratoire : le NumbersUSA et le Center for Immigration Studies (CIS).
INIR : Organiser le nationalisme à une échelle internationale
Le voyage et les rencontres de Nicolas Pouvreau-Monti aux États-Unis vont contribuer à coordonner des instituts de recherche anti-immigration par-delà les frontières. A l’automne 2023, l’OID, le NumbersUSA, le Center for Immigration Studies (CIS) mais également le Hungary’s Migration Research Institute (MRI) et le Israeli Immigration Policy Center (IIPC) vont s’associer pour créer le International Network for Immigration Research (INIR).
Toutes ces organisations partagent une même vision de l’immigration (à restreindre, à sélectionner voire à renvoyer). L’INIR se présente comme un contre-pouvoir pour “rééquilibrer” les recherches sur l’immigration, dominée par un positionnement “humanitaire” et “pro-immigration”.
Lors du colloque organisé à l’Assemblée Nationale par l’OID et le député LR Eric Pauget, les membres de l’INIR ont par exemple émis certaines recommandations :
Mark Krikorian, directeur du CIS, a proposé d’interdire les dépôts de demandes d’asile pour les migrants qui n’arrivent pas par voie légale.
Yonatan Jakubowicz, fondateur de l’IIPC, a lui proposé d’envoyer toutes les personnes qui arrivent en situation irrégulière sur le territoire directement en centre de rétention. Mesure qu’il présente comme “humanitaire” car elle aurait pour conséquence de faire baisser le nombre de morts noyés dans la Manche, quitte à faire abstraction du droit d’asile.
Entre juillet 2021 et février 2023, Yonatan Jakubowicz a également été conseiller du Ministère de l'Intérieur du gouvernement d'Israël.
Pour comprendre l’étendue du pouvoir de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie, il faut regarder ses alliances et ses financements. À travers l’INIR, c’est toute une stratégie d’influence internationale qui se met en place pour légitimer, coordonner et étendre des politiques migratoires discriminantes et dangereuses pour le respect des droits fondamentaux.
L’Observatoire de l’immigration et de la démographie n’est pas une structure isolée : c’est l’un des maillons d’une galaxie réactionnaire internationale, financée par de puissants acteurs économiques et idéologiques, qui entendent peser sur les débats publics. L’OID ne doit pas être regardé individuellement mais dans le système global dans lequel il s’insère. A travers le projet Périclès, le réseau Atlas et INIR, la diffusion de politiques migratoires sélectives et nationalistes semble s’inscrire dans une dynamique transnationale portée par divers acteurs privés et idéologiques.
Nous avons contacté l’OID et Pierre-Edouard Stérin qui n’ont pas souhaité répondre à nos questions.
Pour mieux comprendre le réseau Atlas et son influence :
Anne-Sophie Simpere, Le réseau Atlas, la France, et l’extrême-droitisation des esprits, l’Observatoire des multinationales, mai 2024, ici.
Pour mieux comprendre Pierre-Edouard Stérin et son influence :
Série (20 épisodes) : Pierre-Édouard Stérin, saint patron de l’extrême droite française, l’Humanité, ici.
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