Article de Komune Média

Trump, 47ème président des États-Unis : une politique migratoire inquiétante

✍️ Hanna Chmourrane, stagiaire chez Komune Média


Le résultat des élections présidentielles étasuniennes ont été rendus publics ce 6 novembre, et c’est en dépassant de loin les prévisions des sondages que Trump devient le 47ème président des États-Unis. 

Sur l’ensemble du globe, les caméras sont tournées vers Washington. En effet, si seuls les citoyens états-uniens ont pu participer à cette élection, ses effets dépasseront les frontières étatiques pour bouleverser l’ensemble du champ politique international. 

Dans un monde où l’interdépendance entre les Etats se renforce de jour en jour, en raison de la mondialisation principalement, les Etats-Unis, première puissance mondiale, restent centraux dans la constitution du cadre politique international et parfois même interne aux pays. 

Dès le début de sa campagne Trump a mis l’accent sur la migration. Or, sa vision particulièrement sécuritaire, en influençant la perception qu’ont les citoyens de la migration, risque de menacer  la qualité de vie de nombreuses personnes issues de l’immigration. Pour celui qui compare sa politique à une forme de “libération” contre l’occupation du territoire par les immigrés, ou qui parle des personnes immigrées comme des “déchets”* et qui estime, sans aucune preuve, que les vagues de migration s’accompagne toujours d’une montée de la criminalité, la défense des intérêts américains passent par une fermeture particulièrement sévère des frontières 

Ainsi je vous propose de décrypter l’ensemble de la politique migratoire portée par Trump afin d’éclaircir ses conséquences et de saisir jusqu’où pourrait s’étendre sa portée en France. 

Donald Trump s'adressant aux participants d'un rassemblement Arizona for Trump au Desert Diamond Arena à Glendale, Arizona. ©Gage Skidmore from Surprise, AZ, United States of America, 23 August 2024. From Wikimedia Commons.

Un projet migratoire ultra-répressif

Une des premières mesures présentée par le nouveau président consiste en “la plus grande expulsion de clandestins de l’histoire des Etats-Unis”. Pour rendre effective cette mesure qui devrait prendre place dès les premiers jours de son mandat, l'usage de l’aide militaire pourrait être envisagé. De plus, “des technologies de pointe pour surveiller et sécuriser la frontière” ont été évoquées.

Dans un second temps, Trump compte également renforcer la sécurité en augmentant les crédits de l’Immigration and Customs enforcement (ICE), l’agence en charge de la surveillance et des frontières, ainsi que reprendre la construction du mur qui sépare les Etats-Unis du Mexique. 

Néanmoins, il reste que la part d’étrangers en situation irrégulière, autrement dit de “sans-papiers” représente près de 11 millions de personnes. ainsi cette mesure apparaît difficilement réalisable. De surcroît, selon Fanny Lauby, “ le projet de Donald Trump d’expulser la majorité des immigrés en situation irrégulière porterait un coup fatal à l’économie américaine”. 

Enfin, Trump propose également de revenir sur le “Muslim Ban” qui avait été annulé par la justice sous son premier mandat. Le Muslim Ban consisterait en des dispositions réglementaires interdisant l’accès au territoire aux populations de nombreux pays de confession majoritairement musulmane. Il propose également  de réduire l’accès au droit du sol, pourtant inscrit dans la Constitution américaine. 

Conséquences des politiques migratoires : un enjeu multi-échelles

Ces mesures, prenant pour cible l’ensemble de la population étrangère, nourrissent leur crainte de voir leurs droits et leur libertés réduits. Une banalisation du racisme tend alors à s’instaurer. Les propos tenus par Trump lors de son meeting à Springfield illustrent cette recrudescence des discriminations. Il avait, en effet, annoncé que les immigrants haïtiens mangeaient les chiens et les chats de la ville. 

Selon, Kefa M. Otiso, professeur de géographie et spécialiste des migrations internationales à la Bowling Green State University, Trump contribue essentiellement à racialiser les questions migratoires. De ce fait, les craintes qu’inspire Trump ne sont pas seulement vécues par les personnes immigrées, mais également chez les citoyens non-blancs ou issus de l’immigration. 

“Pour beaucoup d'entre nous, c'est une source d'inquiétude, de malaise : on se dit qu'en tant que migrants, même si on a obtenu la citoyenneté, on peut se retrouver victimisés ou ciblés en tant que personnes noires. Et quand vous êtes face à quelqu'un qui est imprévisible, et qui a fait des remarques dégradantes envers des personnes qui vous ressemblent, eh bien, quel que soit votre statut, même si vous avez obtenu le statut de citoyen, cela génère de l'appréhension.”

Cependant, il reste à comprendre ce que signifie cette élection pour l’ensemble du champ politique. Alors que la vision conservatrice des migrations tenue par Trump pourrait porter à débat, en gagnant les élections avec une majorité largement obtenue, le curseur des idées perçues comme politiquement acceptables se déplacent et élargit la fenêtre des possibles. En raison du fort pouvoir d’influence qu’ont les Etats-Unis sur le reste du Monde, c’est bien l’ensemble des communautés migrantes présentes autour du globe qui pourrait craindre un glissement plus conservateur des politiques migratoires.

Les institutions françaises conscientes de cet enjeu, en réaction aux résultats de cette élection, ont mis en garde contre le “chacun pour soi” défendant la nécessité d’une “stratégie européenne coordonnée”, pour une “Europe plus unie”. Ces appréhensions sont également partagées par l’actuel député des Français de l’étranger pour la circonscription Canada-Etats-Unis, Roland Lescure, qui estime que la victoire de Trump se présente comme l’expression des frustrations et des inquiétudes l’emportant sur leur volonté de progrès. Dans ce contexte, l’ensemble des Français vivant sur le territoire seront aussi concernés par ces nouvelles mesures puisque, tel Roland Lescure le rappelle, “Tous les Français qui vivent ici sont immigrés”. 

En conséquence, ces élections qui rythment l’ensemble de la scène internationale apparaissent comme un nouveau revirement politique pouvant potentiellement accentuer les défis de coopération internationale et réduire le droit à la mobilité pour de nombreuses personnes. 

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