Article de Komune Média
Marche d'ultra-droite à Paris : quand la haine défile en toute impunité
Bonjour à tous, moi c'est Lucas, étudiant et aspirant journaliste. Au fil des newsletters, je vous parlerai de ce qui me passionne, à savoir : les médias, l'antiracisme et le cinéma. Bonne lecture !

Ce samedi, un millier de manifestants d’ultra-droite ont, comme chaque année, défilé à l’appel du « Comité du 9 Mai » (C9M). Initialement interdite par les autorités, la manifestation a finalement pu se tenir, donnant lieu à une parade de références et d’imageries nationalistes.
Une manifestation controversée en plein cœur de Paris
Un cortège d’extrême droite paradant avec des emblèmes nationalistes en plein Paris, voilà la vision d’effroi à laquelle ont dû se résigner les Parisiens ce samedi 10 mai. À l’initiative du C9M, cette manifestation a attiré plus d’un millier de participants, venus de tout l’hexagone, mais aussi d’Allemagne, d’Italie et d'Espagne. Sous la sidération de passants parfois remontés, la marche s’est rendue jusqu’à la rue des Chartreux, destination finale de ce défilé.
Depuis une trentaine d’années, c’est là que se réunit le groupuscule en souvenir de Sébastien Deyzieu, un militant antisémite et nationaliste, décédé en tombant d’un toit alors qu’il voulait échapper à la police. C’est en réponse à cet accident que s’est constitué le « Comité du 9 Mai », une initiative à l’origine de plusieurs organisations, dont le GUD et le Rassemblement national de la jeunesse. Dans la foulée de leur formation, certains militants du C9M ont envahi les locaux de Fun Radio arme à la main pour demander en direct la démission de Charles Pasqua, alors ministre de l’Intérieur. Durant leur procès en appel, ces militants seront défendus par trois avocats, dont une certaine Marine Le Pen.
Une démonstration néofasciste par les symboles
Durant cette funeste parade, les manifestants ont pris soin de déployer leur habituel folklore néofasciste :
Chacun des militants arborait une large bannière noire marquée d’une croix celtique, un symbole qui tire son origine du christianisme celtique, mais qui fait aujourd’hui référence au suprémacisme blanc.
Sur place, ont aussi été aperçus divers tatouages antisémites ou xénophobes, dont des croix gammées.

Selon un journaliste de l’AFP, les manifestants ont entonné à plusieurs reprises « Europe, jeunesse, révolution » - un slogan suprémaciste popularisé par le syndicat étudiant du GUD.
Libération rapporte que le défilé se serait conclu sur des saluts nazis.
Pour accompagner le cortège en rythme, on retrouvait des tambours étrangement semblables à ceux des Jeunesses hitlériennes

Si ce dispositif de haine a pu être déployé, c’est parce que le tribunal administratif de Paris a annulé l’arrêté préfectoral qui avait premièrement interdit le rassemblement. Cette décision questionne, surtout lorsqu’on met en perspective l’interdiction subite de la contre-manifestation antifasciste et antiraciste. Face à cette interdiction, les manifestants se sont retournés vers le rassemblement statique organisé sur la place du Panthéon. Dénommé « village antifasciste », cette initiative regroupait plusieurs organisations et mouvements autour de conférences, animations et concerts.

Protection policière et interdictions sélectives
Tout au long de la marche, le C9M a bénéficié d’une très généreuse protection policière. Tandis que la tension montait avec certains passants que la scène répugnait, les forces de l’ordre n’ont pas manqué de s’interposer, procédant même à des contrôles d'identité sur des jeunes pour des doigts d’honneur lancés au cortège. Occupés à repousser et éloigner des groupes qui avaient daigné lancer des slogans antifascistes, les CRS tournaient le dos aux militants nationalistes qui déambulaient en toute impunité. Bien que nombre d’entre eux procédaient à leurs rites suprémacistes le visage dissimulé, ils n’ont pas été inquiétés pour cela. Cette souplesse des forces de l’ordre dénote pour sûr avec le traitement habituel réservé aux manifestants. Selon une enquête d’Amnesty, on sait par exemple que des centaines de manifestants ont déjà été placés en garde à vue pour avoir dissimulé leur visage. Une sanction que les militants du C9M semblent étrangement éviter.
Ainsi, à l’heure même où Bruno Retailleau invoque l’antisémitisme pour engager la dissolution du collectif Urgence Palestine, le Collectif du 9 Mai bénéficie, lui, du plein soutien de la part des autorités pour organiser une manifestation où dog whistle néo-nazis (allusions codées) et signes antisémites se succèdent. De quoi interroger le deux poids deux mesures.


