Article de Komune Média

RDC : Quand le Silence Médiatique Cache un Conflit Sanitaire et Humanitaire

C'est Amina, stagiaire chez Komune, et je suis ravie de partager avec vous mon dernier article sur un sujet complexe et urgent : que se passe-t-il en République Démocratique du Congo ?

C'est Amina, stagiaire chez Komune, et je suis ravie de partager avec vous mon dernier article sur un sujet complexe et urgent : que se passe-t-il en République Démocratique du Congo ?

J'ai souhaité aborder plusieurs thématiques qui me paraissent essentielles. Tout d'abord, le contexte historique et géopolitique, car ce conflit est souvent difficile à saisir en Occident, avec ses multiples acteurs en jeu. Ensuite, je me suis penchée sur la situation humanitaire, notamment celle des survivants de violences basées sur le genre. Enfin, j'interroge le silence médiatique entourant ce conflit et la manière dont nous devrions le qualifier. Est-ce un génocide ?

Si vous avez des questions ou des remarques, n’hésitez pas à nous laisser un commentaire.

Bonne lecture !



✍️ Amina Mbelu Mbiya, stagiaire chez Komune

La République Démocratique du Congo (RDC), anciennement appelée Zaïre, est l'un des plus vastes pays d'Afrique, tant par sa superficie que par l'abondance de ses ressources naturelles. Avec ses réserves d'or, de diamants, de coltan et d'étain, on pourrait légitimement le considérer parmi les nations les plus riches du monde. Située au cœur du continent africain, la RDC attire la convoitise de nombreux États voisins ainsi que d'acteurs internationaux. Cependant, depuis 25 ans, le pays traverse une période de grande instabilité. Depuis 1998, il est en proie à un conflit armé persistant, principalement concentré dans la région du Kivu, au nord-est. Ce conflit a engendré entre 4 et 6 millions de morts, ainsi que des millions de blessés, des violences sexuelles massives, et des conditions sanitaires désastreuses. En juin 2023, l’ONU recensait 6,9 millions de déplacés internes. Plus récemment, le 3 septembre 2024, 400 violations et atteintes aux droits de l’homme ont été dénombrées. Mais quelle est la véritable crise silencieuse qui frappe la RDC ? Cet article vous propose une analyse approfondie du contexte, des conditions sanitaires et du silence entourant ce conflit, afin de mieux comprendre les enjeux et la situation actuelle de la République Démocratique du Congo.

Contexte Historique et Géopolitique du Conflit en RDC

Les explications suivantes ont été simplifiées afin de faciliter la compréhension et de contextualiser la situation.

Infographie de l’AFP qui résume le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994.

Les Racines du Conflit : Retour au Génocide des Tutsis au Rwanda (1994)

Pour comprendre pleinement la situation en République Démocratique du Congo (RDC) et la guerre qui y sévit, impliquant divers acteurs, dont la France, il est primordial de revenir aux origines de la violence dans cette région, marquées par le génocide des Tutsis du Rwanda de 1994. Ce génocide trouve ses racines dans une histoire coloniale tumultueuse, lorsque, entre 1916 et 1935, les puissances coloniales belge et allemande exacerbèrent les tensions ethniques en octroyant un statut privilégié aux Tutsis, considérés comme plus « nobles » en raison de leur profession et de leur teint. Cette politique engendra une hostilité croissante des Hutus envers les Tutsis, contraignant nombre d’entre eux à fuir pour échapper aux violences dans des pays voisins, notamment dans l'actuelle République démocratique du Congo (RDC).

En 1994, l'assassinat du président rwandais Habyarimana, un Hutu, déclencha un massacre orchestré par le gouvernement extrémiste hutu, accusant les Tutsis de l'attentat. Les responsables de cet assassinat demeurent à ce jour non identifiés. En l'espace de cent jours, plus de 800 000 personnes, principalement des Tutsis, furent massacrées, faisant de ce génocide l'un des plus meurtriers de l'époque moderne.

À la suite de cette tragédie, le Front Patriotique Rwandais (FPR), principalement composé de Tutsis, prit le pouvoir à Kigali, provoquant la fuite de milliers de Hutus, notamment ceux impliqués dans le génocide, vers l'est de la RDC, notamment dans la région du Kivu, par crainte des représailles.

La Déstabilisation de la RDC à partir de 1996

L’arrivée des Hutus au Zaïre renforce les discriminations déjà existantes à l’encontre des Banyamulenge, des Tutsis installés au Zaïre. 

Mobutu Sese Seko, président du Zaïre de 1965 à 1997, va multiplier les actions pour alimenter les tensions ethniques entre les immigrés Tutsis du Zaïre, les autochtones et les Hutus récemment arrivés au Zaïre. La situation se détériore, les Tutsis du Zaïre s’arme, aidés par le Rwanda et face à la menace qu’ils représentent, certains sont expulsés du pays. 

Les forces anti-Mobutu, président du Zaïre à cette époque, s'organisent à travers l'Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL) ; une coalition réunissant les rebelles du Zaïre anti-Mobutu dirigés par Laurent-Désiré Kabila, le Rwanda, mais aussi l'Ouganda. Ils lancent une offensive contre les Forces armées Zaïroises (FAZ), en novembre 1996, c’est la première guerre du Congo qui a duré 6 mois. 

En 1997, Kabila parvient à renverser Mobutu et prend le pouvoir, renommant le pays République Démocratique du Congo. Cependant, Kabila rompt rapidement avec ses alliés rwandais et ougandais, ce qui déclenche la Deuxième Guerre du Congo en 1998. Dans ce conflit les groupes armés sont nombreux et leurs alliances et scissions fluctuent. Les catégoriser comme groupes “hutus” et groupes “tutsis” manque de précision. 

Ses anciens alliés, nourris de rancœur, reviennent à la charge en soutenant la création du Mouvement de Libération du Congo (MLC). Ce conflit devient le plus grand affrontement armé en Afrique, impliquant sept pays africains ainsi que de nombreux acteurs régionaux et internationaux. Cette guerre provoque un bouleversement régional majeur.

En 2003, à la fin officielle de la Deuxième Guerre du Congo, la RDC entame une phase de transition politique marquée par des efforts de paix et de reconstruction. Cependant, les conflits armés persistent dans l'est du pays dans la région du Kivu. 3 phases de “déstabilisation” de la région ont été identifiées, incluant à chaque fois de nombreux groupes armés. La 2e voit naître le Mouvement du 23 Mars (M23) en 2012, un groupe armé héritier du congrès national pour la défense du peuple (CNDP), un groupe armé soutenu par le Rwanda qui défendait les intérêts des Tutsis congolais.

Un accord de paix est signé entre Kinshasa et le M23 fin 2013 mais en 2021, le M23 reprend les armes. Le M23 a désormais pris le contrôle de plusieurs zones stratégiques, dont la ville de Goma, et est accusé de graves violations des droits de l'homme et de violences contre les civils. Malgré les efforts de stabilisation menés par l'armée congolaise (FARDC), la Mission des Nations Unies (MONUSCO) et des initiatives de paix régionales, les violences perdurent, laissant la RDC dans une instabilité chronique.

Province du Kivu en RDC.

La Dimension Sanitaire de la Crise en RDC 

L’impact sur les conditions de vie  

Les conflits armés en République Démocratique du Congo (RDC) ont des conséquences dramatiques sur les conditions de vie des populations locales et déplacées, particulièrement sur le plan sanitaire. Les violences généralisées ont provoqué des déplacements massifs, avec près de 7 millions de personnes forcées de quitter leurs habitations et moyens de subsistance. Ces déplacés internes vivent souvent dans des conditions extrêmement précaires, notamment dans des camps ou abris improvisés. Selon Médecins Sans Frontières, 60 à 70 % des déplacés au Kivu habitent dans des abris de fortune faits de bâches, de tentes ou de matériaux de récupération, où la surpopulation aggrave les conditions sanitaires déjà déplorables. L’accès à l’eau potable, aux infrastructures sanitaires et aux soins de santé est souvent inexistant, facilitant la propagation de maladies comme le choléra, la malaria ou les infections diarrhéiques, touchant particulièrement les enfants et les personnes âgées.

L'insécurité alimentaire constitue également un problème majeur, avec environ 25 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë en 2023. Les déplacements massifs et la perturbation des activités agricoles privent de nombreux déplacés de nourriture suffisante et diversifiée, les rendant dépendants d'une aide humanitaire limitée et irrégulière. Les enfants sont particulièrement affectés par cette crise, certains étant contraints de travailler dans les mines pour aider leur famille à survivre. Cette situation représente une crise humanitaire complexe, où l'accès aux besoins essentiels, à la sécurité et à la dignité humaine reste un défi quotidien pour des millions de Congolais déplacés.

Profil des personnes déplacées à l’intérieur de la RDC en janvier 2024 issu de l’infographie “République Démocratique du Congo : Personnes déplacées internes et retournées (janvier 2024)”. ©OCHA.

Détérioration des infrastructures de santé

La situation déjà critique est aggravée par l'effondrement massif des infrastructures de santé, en particulier dans les zones proches des combats, amplifiant les souffrances de la population. Cela crée un environnement encore plus hostile, où les habitants et les blessés demeurent en insécurité constante. Les hôpitaux et centres de santé sont fréquemment pris pour cibles ou endommagés par les obus et explosions, rendant les soins médicaux presque inaccessibles. Dans la zone de santé de Rwanguba, par exemple, 15 des 21 structures médicales sont hors service, comme l'a indiqué Catherine Savoy, coordinatrice du département "Santé" du Comité International de la Croix-Rouge (CICR). Des établissements, tels que l'hôpital de Mweso, ont été directement touchés par des attaques, une explosion ayant frappé l'hôpital, blessant un soignant lors de tirs croisés une semaine plus tôt. Cette violence constante pousse le personnel médical à fuir, entraînant une grave pénurie de soignants, laissant de nombreux malades sans assistance. 

La destruction des infrastructures de santé, associée à une pénurie croissante de personnel, compromet gravement l'accès aux soins pour des millions de déplacés internes, déjà extrêmement vulnérables. Les maladies infectieuses comme le choléra et le paludisme se propagent rapidement dans ces conditions précaires et deviennent souvent fatales pour une population affaiblie par la malnutrition et l'absence de soins appropriés. De plus, les blessés de guerre, notamment les personnes mutilées par les explosions et victimes de violences sexuelles, ont un besoin urgent de soins et de chirurgies réparatrices, mais se retrouvent sans traitement adéquat. L'accès aux soins, limité par la destruction des infrastructures, le manque de ressources et l'insécurité persistante, aggrave la crise humanitaire, mettant chaque jour en péril la vie de millions de Congolais.

 Les Violences de Genre et la Crise Humanitaire

Les violences basées sur le genre, notamment les violences sexuelles systématiques, sont souvent employées comme armes de guerre dans de nombreux conflits, en particulier en République Démocratique du Congo (RDC). Une enquête publiée par Amnesty International en février 2023 a révélé que le groupe armé M23 a perpétré de nombreux viols contre des femmes et des filles dans l'est du pays, dans ce qui semble être une campagne visant à punir et humilier les civils accusés de soutenir des groupes armés rivaux. Ces violences sexuelles, qui constituent un crime de guerre et peuvent relever du crime contre l'humanité, infligent des traumatismes physiques et psychologiques graves aux survivants, nécessitant souvent une chirurgie reconstructrice pour traiter les blessures sévères.

Outre les traumatismes physiques, ces agressions augmentent significativement le risque de transmission d'infections sexuellement transmissibles (IST), telles que le VIH, la syphilis et la chlamydia. Ces violences sont également un outil de terreur et de contrôle des populations locales. En 2020, Médecins Sans Frontières (MSF) a soigné près de 11 000 victimes de viol dans six des vingt-six provinces de la RDC. Dans les zones de conflit comme le Nord-Kivu, 76 % des victimes étaient agressées par des hommes armés. Malgré l'ampleur de ces violences, seulement 25 % des survivants ont accès à des soins médicaux, et encore moins bénéficient d'un soutien psychosocial ou juridique, selon les estimations des Nations Unies.

Le Dr Denis Mukwege, connu pour son travail auprès des survivants, a pris en charge environ 40 000 femmes victimes de violences extrêmes à l’hôpital Panzi au cours des quinze dernières années. En plus des soins médicaux, cet hôpital offre un accompagnement psychosocial, éducatif et juridique, mettant ainsi l’accent sur une prise en charge globale. Le documentaire *L'homme qui répare les femmes : la colère d'Hippocrate* de Thierry Michel, souligne les efforts du Dr Mukwege pour traiter les survivants et dénoncer ces crimes de guerre.

Les conséquences sur la santé reproductive des victimes sont désastreuses : elles subissent des grossesses non désirées, des avortements à risque, et souffrent d'IST. Il est crucial que les soins et traitements soient administrés dans les 72 heures suivant l'agression, mais l'accès à ces services demeure insuffisant. L'insécurité alimentaire et le manque de soins médicaux aggravent les risques liés aux accouchements, nécessitant souvent des interventions chirurgicales pour traiter les séquelles.   

Le gynécologue Denis Mukwege était reçu le 14 octobre 2021 par le Conseil de Paris. ©Joséphine Brueder / Ville de Paris

Pourquoi Cette Crise Sanitaire Reste-t-elle Silencieuse ?

Analyse de l’absence de couverture médiatique internationale

L'absence de couverture médiatique internationale sur les crises en Afrique, notamment en République Démocratique du Congo (RDC), est un phénomène ancien et complexe, influencé par plusieurs facteurs, dont la "loi du mort-kilomètre", qui privilégie les événements géographiquement ou culturellement proches du public occidental. Plus un conflit semble éloigné, moins il attire l'attention des médias, et donc du public. Ce manque de couverture est aggravé par la rareté d'informations fiables sur les événements sur le terrain, en raison du manque de correspondants permanents et des difficultés d'accès aux zones de conflit, où la sécurité des journalistes est en jeu.

Les conflits actuels en RDC sont issus d'une histoire complexe, incluant des décennies de guerres et des dizaines de groupes armés aux intérêts divergents. Cette multiplicité d'acteurs et la nature fragmentée des conflits rendent la situation difficile à comprendre pour un public occidental, ce qui limite encore plus l'intérêt pour ce sujet. Cette complexité est souvent perçue comme trop éloignée des préoccupations immédiates du public occidental, créant ainsi un cercle vicieux : les médias couvrent peu le sujet parce qu’il n'intéresse pas l’audience, et cette méconnaissance engendre une désintérêt croissant.

De plus, la pluralité d’autres événements mondiaux occupe une place prépondérante dans les médias, au détriment de conflits prolongés comme celui en RDC, qui bien que graves, paraissent moins "urgents" aux yeux des rédactions occidentales. En outre, la nature prolongée et la complexité de ces conflits ne correspondent pas aux formats de récits simplifiés et immédiats que les médias tendent à privilégier.

Enfin, le manque de correspondants permanents en Afrique, combiné aux dangers sur le terrain, entrave davantage la couverture médiatique. Les journalistes subissent des menaces de la part des autorités locales ou des groupes armés, limitant leur liberté de couvrir ces événements. Ces pressions ajoutent une dimension supplémentaire aux difficultés rencontrées pour rendre visible la situation en RDC.

En somme, l'invisibilité des crises en RDC dans les grands médias est le résultat de cette combinaison de facteurs, ce qui laisse les millions de personnes touchées par ces conflits dans l'ombre médiatique.

Mine de coltan de Luwowo près de Rubaya, au Nord-Kivu le 18 mars 2014. © MONUSCO/Sylvain Liechti.

Un silence médiatique stratégique ?

N'est-il pas possible que ce silence médiatique soit en partie une stratégie délibérée des puissances mondiales ? La République Démocratique du Congo, riche en matières premières, a toujours attiré l'attention des nations. Bien que le conflit soit souvent attribué uniquement à des causes locales, comme les tensions ethniques et les groupes armés, il est en réalité largement alimenté par d'importants intérêts économiques.

L’exploitation des ressources en RDC se fait dans des conditions extrêmes pour les travailleurs, qui manquent d'accès à l'eau potable et à la sécurité, tout en étant soumis à des conditions de travail dangereuses, souvent dans des profondeurs où l'oxygène est rare. Les minerais extraits sont ensuite exportés vers l'Asie pour être transformés en pièces détachées, revendues sur les marchés occidentaux, générant d'énormes profits pour les pays impliqués dans cette exploitation.

60% des réserves mondiales de coltan se trouvent dans le Nord Kivu. Le coltan est un minerai essentiel à la fabrication de nombreux appareils électroniques modernes comme les smartphones, ce qui en fait une cible privilégiée pour les grandes puissances économiques. La mine de Rubaya, située au Nord-Kivu, produit 15 % de la production mondiale de coltan. Voltaire Batundi, président de la Coordination de la société civile de Masisi, dénonce l'exploitation illégale du coltan par les rebelles du M23, qui a entraîné une augmentation du prix du kilogramme de 30 à 70 dollars depuis la prise de la ville de Rubaya. Il décrit comment le M23 fournit des outils aux habitants pour faciliter l'extraction minière et affirme que ces minerais sont ensuite transportés vers le Rwanda. Bien qu'il soit difficile de vérifier ces allégations de manière indépendante, il est évident que Rubaya est une zone stratégique en raison de ses ressources en coltan, cobalt, étain, tantale et tungstène.

La situation s'est aggravée après la signature, le 19 février 2024, d'un accord entre l'Union européenne et le Rwanda visant à "assurer un approvisionnement durable en matières premières". Cependant, le président congolais Félix Tshisekedi a qualifié cet accord d'"ignominie" en raison du soutien présumé du Rwanda aux rebelles du M23. Kinshasa accuse le Rwanda de piller ses ressources et voit ce protocole comme une complicité de l'UE. L'ambassadeur de l'UE en RDC a reconnu qu'il était nécessaire d'améliorer la communication sur ce sujet et a affirmé que la transparence dans le marché des minerais devait d'abord bénéficier à la RDC, qui détient la majorité de ces ressources.

Ainsi, en poursuivant leurs intérêts économiques, les grandes puissances choisissent de fermer les yeux sur les crimes commis, profitant d'un conflit qui leur permet de maintenir un contrôle économique sur des ressources vitales. Ce silence médiatique a été dénoncé à plusieurs reprises par des athlètes congolais, notamment les joueurs de l’équipe de football de la République Démocratique du Congo lors de la Coupe d’Afrique des nations, qui ont effectué un geste symbolique : une main sur la bouche et deux doigts pointés sur la tempe pour dénoncer les massacres commis à l'est du pays dans le silence de l’Occident. Ce geste a également été repris par la boxeuse congolaise Marcelat Sakobi lors des JO de Paris, mais cet événement a été largement ignoré par les médias occidentaux.

Au moment de l’exécution de l’hymne national de la RDC lors de la demi-finale de la CAN, les joueurs congolais ont fait ce geste pour dénoncer le silence de la communauté internationale. ©Valery Ipanga.

Parler de génocide ou non ?

 Récemment, la situation en République Démocratique du Congo a suscité une attention croissante. De plus en plus de voix s'élèvent sur les réseaux sociaux, des manifestations ont eu lieu et la diaspora a pris des initiatives pour dénoncer les crimes commis et le silence occidental, certains appelant à la reconnaissance d'un génocide. Par définition, le génocide implique des actes visant à détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, tels que :

  • Tuer des membres du groupe

  • Causer des préjudices physiques ou mentaux graves

  • Soumettre le groupe à des conditions de vie visant à provoquer sa destruction

  • Imposer des mesures pour empêcher la naissance d'enfants au sein du groupe

  • Transfert forcé d'enfants d'un groupe à un autre

Les arguments en faveur de l'utilisation du terme « génocide » pour décrire les violences en RDC sont convaincants. Les attaques ciblées contre des groupes ethniques spécifiques, comme les Hutus et les Tutsis congolais (Banyamulenge), ainsi que l'usage systématique du viol comme arme de guerre, renforcent l'idée d'une intention génocidaire. Cependant, qualifier ces violences de génocide est complexe. Aucun tribunal international, comme la Cour Pénale Internationale (CPI), n'a officiellement reconnu ces violences comme un génocide, les classant plutôt comme des « crimes contre l'humanité » ou des « crimes de guerre ». De plus, prouver l'intention génocidaire est difficile dans le contexte du conflit, qui implique de multiples forces, y compris des interventions étrangères et des milices. Cette complexité rend difficile la distinction entre génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité. 

Cela soulève la question de savoir si, comme dans l'histoire où les génocides ont souvent été qualifiés comme tels uniquement après leur survenue, nous risquons de nous retrouver dans une situation similaire au Nord-Kivu, où les atrocités pourraient être reconnues trop tard, alors que les signes précurseurs sont déjà présents.

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