Article de Komune Média

Budget 2026: pourquoi l’immigration est toujours au centre du débat ?

Budget 2026 : une nouvelle fois, l’immigration capte l’attention. Suppressions de places d’accueil, baisse des aides, hausse des moyens de contrôle… Que révèlent vraiment ces choix budgétaires ?


Pas d’article la semaine dernière… on s’excuse ! On a pris une petite pause pour recharger les batteries.

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Hémicycle de l’Assemblée nationale - photo Philippe Grangeaud (flickr)

Le débat sur le budget 2026 est en cours à l’Assemblée nationale, et l’immigration s’impose encore une fois comme sujet central. Entre suppressions de places d’hébergement, coupes dans les allocations et investissements massifs dans la répression, les choix budgétaires révèlent une politique qui préfère punir plutôt qu’accueillir.

Mais il s’agit pour l’instant d’un projet : toutes ces mesures ne pourront entrer en vigueur que si le Parlement adopte définitivement le budget.

Au cours de l’examen du budget 2026 par l’Assemblée nationale, deux amendements (ajouts au texte initial) liés à l’immigration ont été adoptés en commission. Nous allons nous y intéresser de plus près juste en dessous.

Mais il faut rappeler une chose essentielle : les amendements adoptés en commission ne valent pas loi. En effet, comme le Projet de loi de finances (PLF) 2026 a été rejeté en première lecture par l’Assemblée, les amendements adoptés n’ont aujourd’hui aucun effet juridique.

Maintenant, c’est au tour du Sénat d’examiner le PLF, qui lui sera présenté dans sa version initiale (celle du gouvernement). Les amendements votés en commission à l’Assemblée nationale n’y figureront donc pas, même s’ils peuvent inspirer les sénateurs.

Ce qui pourrait changer pour les personnes exilées

Le projet de loi de finances 2026 prévoit plusieurs mesures qui pourraient impacter directement la vie des personnes étrangères.

Concernant les personnes en demande d’asile :

Moins d’argent pour survivre. L’allocation pour demandeur d’asile (ADA), c’est le petit montant que l’État verse chaque mois pour permettre aux personnes de se nourrir et se déplacer en attendant une réponse à leur demande. Elle est déjà très faible : 6,80€ par jour, soit environ 207€ par mois pour une personne seule hébergée et 432€ si elle ne l’est pas, bien en dessous du seuil de pauvreté fixé à 1 288€. Cette allocation n’a pas été revalorisée depuis 2018, malgré une inflation de plus de 18%. Le budget 2026 prévoit pourtant de la réduire encore de 10%.

Toujours concernant l’ADA : la réduction de l’ADA pour les ressortissants de pays dits “sûrs” (comme la Géorgie, l’Inde ou l’Albanie) a été votée par amendement en commission à l’Assemblée nationale. Mais comme nous l’avons expliqué plus tôt, les amendements votés par l’Assemblée nationale ne valent pas loi tant que les députés n’ont pas adopté l’ensemble du PLF.

Moins de places d’hébergement. Le gouvernement va supprimer 1 403 places d’hébergement dans les centres d’accueil. Cela s’ajoute aux 6 500 places déjà supprimées en 2025. Au total, en deux ans, ce sont 10 700 places en moins, soit 10% du dispositif national d’accueil. Pourtant, chaque année, entre 155 000 et 167 000 personnes déposent une demande d’asile en France. Résultat : de plus en plus de personnes en demande d’asile se retrouvent à la rue, dans une situation de précarité totale.

Plus difficile de se défendre en justice. Quand une personne en demande d’asile se voit refuser par la première juridiction (OFPRA) une protection internationale (comme le statut de réfugié), elle peut faire un recours devant la CNDA. À l’issue de ce jugement, le juge peut aujourd’hui condamner l’État à lui rembourser une partie de ses frais d’avocat (les frais irrépétibles). Un amendement adopté en commission des finances à l’Assemblée prévoit de plafonner ces montants au niveau de l’aide juridictionnelle, c’est-à-dire très bas. Si cet amendement est voté dans le vote du PLF définitif, les avocats auront encore moins de raisons financières d’accepter ces dossiers déjà complexes et mal payés. Pour les personnes en demande d’asile, c’est l’accès à une défense de qualité qui se réduit.

Pour les personnes étrangères hors demande d’asile

Des taxes en hausse. Pour obtenir un titre de séjour, un visa long séjour ou la nationalité française, il faudra bientôt payer plus cher. Le gouvernement transforme un droit fondamental en source de revenus.

La suppression des APL pour les étudiants étrangers non européens et non boursiers. Cela signifie que de nombreux étudiants étrangers devront assumer seuls leurs charges, notamment les loyers, déjà très élevés, ce qui risque d’empêcher certains de poursuivre leurs études.

Il s’agit d’une liste non exhaustive des mesures concernant l’immigration présente dans le PLF 2026. Pour en savoir plus : https://www.lacimade.org/loi-de-finances-2026-analyse-du-pap-immigration-asile-integration/

La contradiction : couper dans l’accueil, investir dans la répression

Quand on parle budget, on parle immigration. Comme si c’était là que se jouait l’essentiel de la crise des finances publiques. Pourtant, la mission « Immigration, asile et intégration » représente une part minuscule du budget de l’État.

Si le gouvernement dit vouloir « faire des économies », ses choix budgétaires racontent une toute autre histoire.

D’un côté, on coupe dans l’hébergement et les allocations pour les plus précaires. De l’autre, on augmente les moyens consacrés au contrôle et aux expulsions. Le budget dédié à la lutte contre l’immigration irrégulière a triplé entre 2015 et 2026, passant de 94 à 327 millions d’euros.

Le symbole le plus frappant ? Les centres de rétention administrative (CRA), où sont enfermées les personnes en attente d’expulsion. Chaque place coûte 602€ par jour , soit 265 millions d’euros par an. Autrement dit, une seule place en CRA coûte plus cher par jour qu’une chambre d’hôtel trois étoiles. Et le gouvernement veut augmenter leur capacité : passer de 1 959 places aujourd’hui à 3 000 d’ici 2027, avec un investissement supplémentaire de 156 millions d’euros en 2026.

Pendant ce temps, le Parlement rejette les propositions pour mieux taxer les personnes ultrariches, comme la « taxe Zucman », qui aurait permis de récupérer des milliards en imposant les Français possédant plus de 100 millions d’euros de patrimoine. Cette taxe, sous toutes ses formes, a été rejetée par la droite, le centre et l’extrême droite.

Le message est clair : il vaut mieux couper dans les droits des plus vulnérables que de demander un effort aux plus fortunés. Si l’objectif était vraiment d’économiser de l’argent, pourquoi dépenser autant pour enfermer des gens dans des centres coûteux et inefficaces ?

L’argument économique oublié : accueillir, ça rapporte (mais ce n’est pas la question)

Le discours dominant présente l’immigration comme un coût pour la société. Mais plusieurs études montrent que c’est faux, ou plutôt, que c’est une question de gestion politique.

Selon France Terre d’Asile, permettre aux demandeurs d’asile de travailler dès leur arrivée (au lieu d’attendre 6 mois) permettrait d’économiser 139 millions d’euros par an : moins de dépenses en hébergement et allocations, plus de recettes via les cotisations sociales.

Le think-tank Terra Nova va plus loin. Un plan d’accueil et d’intégration bien pensé, incluant régularisation des travailleurs sans-papiers, accès rapide au marché du travail et hébergement décent, rapporterait plus de 3,3 milliards d’euros par an à l’État et à la Sécurité sociale. Cela signifie moins de précarité = plus de travail déclaré = plus de cotisations.

Pourquoi ? Parce que des personnes qui travaillent, qui paient des impôts, qui louent un logement, qui consomment, ça fait tourner l’économie. Et selon ce think tank, face au vieillissement démographique en France, ces travailleurs et travailleuses sont indispensables pour pourvoir aux emplois disponibles, notamment dans les secteurs en tension comme l’hôtellerie ou la restauration.

Mais attention à ces arguments utilitaristes : même si ces chiffres sont vrais, ce n’est pas pour ça qu’il faut accueillir dignement les personnes exilées. On n’accueille pas des gens parce qu’ils « rapportent de l’argent ». Les personnes doivent être accueillies dignement car elles bénéficient de droits fondamentaux, socle essentiel de la démocratie française.

Ce que ces données montrent, c’est surtout que l’argument du « coût insupportable » de l’immigration est une rhétorique politique.


Derrière les discours de « rigueur budgétaire » se cachent des décisions politiques. Ce ne sont pas de simples ajustements techniques, mais des mesures qui risquent de précariser encore davantage des personnes déjà en situation de grande vulnérabilité.

Le budget 2026 ne fait pas que « gérer » l’asile et l’immigration, il choisit où réduire et où investir. Et ces choix ont des effets très concrets sur la vie des personnes exilées. Réduire l’accueil tout en augmentant les moyens de contrôle n’est pas une nécessité économique, mais une orientation politique.

Au fond, la question n’est pas seulement budgétaire ; quelle priorité décide-t-on d’assumer ? Protéger les plus vulnérables ou renforcer des dispositifs qui mettent en péril les droits fondamentaux, dont l’efficacité reste contestée ?


On avait hâte de vous en parler : ces dernières semaines ont été bien remplies pour Komune !

🎥 1. Une aide du CNC pour lancer nos reportages terrain (vidéos et écrits)

On a obtenu une aide financière du CNC, et ça change tout : cela va enfin nous permettre de lancer nos reportages de terrain. On pourra aller documenter, enquêter et raconter ce qu’on voit, directement au contact des personnes concernées.

🎙️ 2. Un nouveau podcast arrive très bientôt

On prépare un nouveau podcast tout frais !
Jeannette, journaliste chez Komune et fondatrice du média, y discutera avec une personne experte d’un sujet souvent invisibilisé ou perçu comme compliqué, pour mieux comprendre les rapports de domination dans notre société.
On vous partagera le lien du premier épisode dès sa sortie : sur YouTube et sur vos plateformes d’écoute habituelles.

🤝 3. Pour les francilien·nes : une table ronde ce jeudi

Si vous êtes en Île-de-France, Jeannette animera ce jeudi 27 novembre une table ronde à la Gaité lyrique à l’occasion du lancement de la campagne participative de l’Observatoire des camps de réfugiés.
Au programme : déconstruire les préjugés sur les camps de réfugiés et de déplacés… la réalité de ces lieux va bien au-delà d’espaces remplis de tentes !
Des invité·es passionnants seront présents, donc n’hésitez pas à passer : plus d’infos ici.

📅 4. On a toujours besoin de vous

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