Article de Komune Média
Tragédie à Caluire-et-Cuire : quand l’incendie d’un squat révèle les failles d’un système
Je m’appelle Nesrine Bourekba et je suis journaliste stagiaire pour Komune Média.

Je m’appelle Nesrine Bourekba et je suis journaliste stagiaire pour Komune Média. Ayant un vif intérêt pour de nombreux sujets, notamment ceux liés aux discriminations, qu’elles soient en rapport avec le genre, la religion, l’appartenance ethnique ou encore la situation administrative, je m’efforce de mettre en lumière ces problématiques. Il y a quelques semaines, je vous parlais du droit au logement et des discriminations auxquelles sont confrontées les personnes en situation irrégulière sur le territoire français. Marchands de sommeil, expulsions : c’est entre autres ce à quoi font face de nombreuses personnes. Aujourd’hui, nous revenons sur ce sujet pour évoquer un tragique événement survenu récemment dans la métropole lyonnaise.
La nuit du 2 au 3 décembre 2024 restera gravée dans les mémoires des habitants de Caluire-et-Cuire, commune de la métropole lyonnaise. Un incendie a ravagé un squat installé dans un ancien pensionnat, causant la mort d’une femme et blessant plusieurs personnes, dont deux gravement. Une centaine de personnes, pour la plupart en situation irrégulière, se retrouve désormais à la rue, livrée à elles-mêmes et confrontée à un système incapable de leur offrir des solutions durables. Ce drame, loin d’être un simple accident, met en lumière les lacunes de l’accueil des personnes migrantes en France.
Un contexte alarmant
Avant l’incendie, ce bâtiment, propriété de la mairie de Lyon, était déjà jugé dangereux. Un rapport du Service Départemental-Métropolitain d’Incendie et de Secours (SDMIS), publié en novembre 2023, signalait des installations électriques précaires, l’absence d’escaliers et un risque élevé de propagation en cas d’incendie. Pourtant, aucun arrêté de péril n’avait été pris, et les occupants continuaient de vivre dans des conditions indignes, faute d’alternative. Le bâtiment devait initialement être démoli pour laisser place à des logements sociaux. Ironie tragique, l’incendie pourrait accélérer ce processus, au prix de vies humaines. Suite à l’incendie, les anciens habitants du squat, ont été évacués dans un gymnase de la ville avant d’être une fois de plus contraints de quitter ce refuge temporaire. Une expulsion qui s’est faite avec la présence de la force publique et notamment de la police aux frontières, avec la prise d’identité de toutes les personnes présentes.


Un rassemblement dans la douleur et la répression
Mercredi 4 décembre, au lendemain de leur expulsion du gymnase, une cinquantaine de sinistrés et des soutiens se sont rassemblés à partir de 11h devant la préfecture de Lyon, réclamant des solutions pérennes. Leurs revendications sont simples : être considérés comme des êtres humains, bénéficier d’un logement digne et éviter un retour à la rue et dénoncer les expulsions à répétition qui les condamnent à une errance incessante.
Les slogans comme “Un toit, c’est un droit”, “ Je suis, je reste là, je ne partirais pas” ou encore « Égaux, égales, personne n’est illégal » résonnaient dans une ambiance empreinte de tristesse et de colère.
Cependant, ce rassemblement pacifique a rapidement pris une tournure répressive. Alors qu’une personne annonce la fin du rassemblement au mégaphone et que les personnes présentes commencent à quitter les lieux, les forces de l’ordre encerclent les manifestants, instaurant une nasse. Toutes les personnes présentes ont été soumises à des contrôles d’identité, particulièrement insistants pour les personnes racisées et encore plus pour les sinistrés. Trois d’entre eux ont été interpellés par la Police aux Frontières, accentuant encore le sentiment de mépris et d’abandon ressenti.


Un problème systémique
Cette gestion tragique pose des questions cruciales : pourquoi un bâtiment aussi dangereux n’a-t-il pas été évacué plus tôt ? Pourquoi les occupants n’ont-ils pas été relogés dans des conditions décentes ? La mairie de Lyon et la préfecture, directement impliquées, se trouvent au cœur des critiques.
Pour l’opposition municipale, ce drame illustre les limites de la politique d’hospitalité prônée par la majorité écologiste. Tandis que certains élus de droite dénoncent un prétendu laxisme, les associations pointent une répression croissante et un manque de volonté politique pour répondre aux besoins des populations précaires.
À l’échelle nationale, ce drame reflète les défaillances du système français : saturation des dispositifs d’accueil, multiplication des expulsions et absence de solutions pérennes. Même la trêve hivernale, censée protéger les plus fragiles, semble régulièrement contournée, exposant des familles et des enfants à des conditions de vie inhumaines.


Un appel à l’action
Face à ce drame, de nombreuses voix s’élèvent pour exiger des réformes. Les collectifs et associations plaident pour la réquisition des logements vides, l’utilisation de bâtiments publics inoccupés et une prise en charge adaptée des personnes précaires.
“Vivre dans un squat n’est jamais un choix, mais une nécessité imposée par un système défaillant”, rappellent-ils. Pour éviter de tels drames à l’avenir, il est urgent de repenser la politique du logement et de renforcer les dispositifs d’accueil.

La répression policière, elle, ne cesse de s’intensifier. Après des expulsions marquées par la violence et l’intimidation, ce sont désormais les rassemblements pacifiques qui sont visés, sans aucune justification apparente. "On est là parce qu’une personne est morte, et on nous envoie les flics", confie Julie (nom d’emprunt). Avant d’ajouter : "Cette semaine, c’est la deuxième fois qu’on nous envoie les flics parce qu’on proteste après le décès d’une personne causé par le système dans lequel on vit." Elle fait référence au mouvement lycéen né pour dénoncer la pression scolaire, dans un contexte où le suicide d’un.e élève a suscité une onde de choc. Ce mouvement, comme d’autres, a rapidement été frappé par une répression policière qui ne semble épargner personne.
De la violence exercée lors des expulsions à la répression de manifestations légitimes, un climat inquiétant se dessine.



