Article de Komune Média
Le marketing des luttes : la stratégie électorale de l’extrême droite (Partie 2/2)
Derrière son discours d’inclusion, l’extrême droite déploie une stratégie électorale visant à séduire de nouveaux publics tout en poursuivant un projet excluant.
Dans notre précédent article, nous montrions comment l’extrême droite recycle les luttes féministes, écologistes, antiracistes et LGBTQIA+ pour redorer son image. Mais cette évolution de façade ne relève pas seulement d’un glissement discursif : elle s’inscrit dans une stratégie politique et électorale précise, destinée à élargir son audience, banaliser sa présence dans le débat public et rendre son projet identitaire plus acceptable.
Le tokenisme : montrer quelques visages pour masquer le projet
Pour mettre en place cette stratégie de dédiabolisation à travers l’instrumentalisation de ces causes, le Rassemblement national et d’autres mouvances d’extrême droite utilise une technique courante : afficher une façade inclusive, pour se dédouaner de toutes critiques, c’est notamment ce qu’on appelle le tokenisme.
Né dans les années 1960 aux États-Unis en plein mouvement des droits civiques porté par M. Luther King, cette notion renvoie au fait d’inclure des groupes minoritaires, femmes, personnes racisées, personnes LGBTQIA+, dans le but de pouvoir se glorifier d’être inclusifs. Mais en réalité, leur sélection ne conduit pas à des changements significatifs dans la composition politique et / ou dans les politiques mises en place.
Ainsi, avec Marine Le Pen à la tête du parti et plusieurs députés ouvertement gays comme Bruno Bilde, Jean-Philippe Tanguy ou Sébastien Chenu, le RN tente de rejeter l’image d’un parti antiféministe et anti-LGB, en se donnant l’étiquette de l’inclusion.
On vous met un exemple concret de tokenisme de Paule Veyre de Soras, candidate RN aux législatives de 2024, juste ici (l’extrait qui nous intéresse commence autour de 50 secondes) ⬇️
Les excuses du type “Je ne peux pas être raciste car j’ai un mari noir”, “un enfant métis” ou “un médecin musulman” servent surtout à se dédouaner d’accusations de racisme. Elles peuvent être perçues comme du tokenisme, car elles réduisent les personnes issues de minorités discriminées à un simple « jeton » symbolique, sans engagement réel contre les discriminations structurelles.
Capter de nouveaux électorats grâce aux luttes sociales
Ces luttes, désormais populaires, sont devenues un enjeu central pour l’ensemble de l’échiquier politique. Derrière cette stratégie se cache une volonté claire de capter de nouveaux électorats, notamment les femmes, les personnes juives ou les personnes LGBTQIA+. Ces causes sont devenues un véritable levier de la montée des extrêmes droites.
Et il semblerait que cette stratégie fonctionne comme en témoigne l’augmentation des votes RN des femmes se disant féministes. Selon un sondage IFOP, lors des législatives de 2024, 30% de femmes ont voté pour le RN.
Pourtant, derrière cette posture de façade, le RN n’est ni féministe, ni contre l’antisémitisme, ni écologiste, ni défenseur des droits des personnes LGB.
Derrière les mots, un recul des droits partout où l’extrême droite gouverne
Partout où l’extrême droite s’est imposée, on observe un recul significatif des droits des minorités. Aux Etats-Unis, en Pologne ou en Hongrie, l’IVG a été restreint, interdit, voire criminalisé. En France, bien que l’IVG ait été constitutionnalisée le 8 mars 2025, seuls 46 députés RN sur 88 ont voté en faveur du texte. D’autant que pendant longtemps, Marine Le Pen parlait “d’avortement de confort”. Le RN a également voté contre l’allongement du délai légal pour l’IVG, contre le mariage pour tous, contre l’adoption pour les couples homosexuels…
La présidente du RN affiche par ailleurs des liens avec Vladimir Poutine et Viktor Orban (Hongrie) connus pour leurs politiques anti-LGBTQIA+.
De même, le collectif d’extrême droite Némésis bénéficie du soutien public de figures politiques comme Sarah Knafo, Bruno Retailleau ou Éric Zemmour, ce dernier étant pourtant accusé à plusieurs reprises de violences sexuelles. En réalité, les femmes que ces collectifs prétendent protéger correspondent à une féminité hégémonique : blanche, cisgenre, hétérosexuelle, de classe supérieure et de nationalité française.
Il en va de même pour les luttes LGBTQIA+. Le RN ne reconnaît comme acceptable qu’une homosexualité blanche, cisgenre et peu visible. Les figures mises en avant renforcent l’exclusion des personnes racisées, des femmes trans, des étrangers ou des personnes en situation irrégulière.
Enfin, lorsque l’on s’intéresse au programme écologique développé par le RN, on constate assez rapidement qu’il est rempli de contradictions. Le RN propose par exemple un moratoire sur les éoliennes malgré leur rôle croissant (15% électricité en 2023), en contredisant l’Accord de Paris et l’objectif de réduction des fossiles. L’importation de gaz et de pétrole serait favorisée au détriment de la souveraineté énergétique.
D’autant que certains membres du parti témoignent d’un profond désintérêt des questions climatiques. Le député RN Christophe Barthès a ainsi tenu à plusieurs reprises des propos climatosceptiques.
Un vernis progressiste pour un projet toujours excluant
Loin de traduire une réelle évolution idéologique, l’appropriation des luttes féministes, antiracistes, écologistes et LGBTQIA+ par l’extrême droite relève avant tout d’une stratégie politique. En vidant ces combats de leur substance émancipatrice et révolutionnaire, le RN les détourne au service d’un projet identitaire, sécuritaire et excluant.
Derrière un discours prétendument protecteur, ce sont toujours les mêmes logiques de domination qui s’imposent : hiérarchiser les vies, désigner des ennemis et invisibiliser les violences structurelles.
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