Article de Komune Média
Le 18 décembre, une journée « sans nous » pour défendre l’égalité des droits
Pourquoi une « Journée sans nous » le 18 décembre ? À l’occasion de la Journée internationale des personnes migrantes, une mobilisation nationale appelle à la grève et aux manifestations.

Nous vous informons de 2 nouvelles importantes à la fin de cette article ⬇️
Bonne lecture !
Le 18 décembre, c’est la Journée internationale des droits des personnes migrantes. Ce jour-là, de nombreuses organisations (collectifs de sans papiers, collectifs de mineur·e·s isolé·e·s en lutte, collectifs et associations antiracistes, syndicats, associations, organisations étudiantes, etc.) appellent à une grande journée de grève et de manifestations partout en France. Cet appel est notamment porté par la Marche des solidarités.
Le but de cette journée ? Lutter contre le racisme, la xénophobie et le fascisme, et défendre une idée simple mais essentielle : l’égalité des droits pour toutes et tous. Cette mobilisation du 18 décembre ne concerne pas seulement les personnes en situation irrégulière (“sans papiers”), mais tout le monde.
Une grande journée de grève : « si on s’arrête, tout s’arrête »
La Marche des solidarités appelle à une journée « sans nous », c’est-à-dire une journée durant laquelle les personnes étrangères, avec ou sans papiers, ainsi que leurs soutiens, cessent le travail et se mobilisent. Fousseiny, membre de la Marche des solidarités, résume l’enjeu : « Si on s’arrête, tout s’arrête ».
Cette action ne vise pas à rappeler que l’économie française dépend du travail des personnes immigrées, comme si leur présence ne se justifiait qu’à travers leur utilité. Elle cherche avant tout à dénoncer des politiques migratoires qui bafouent les droits fondamentaux, alimentent le racisme et la xénophobie, et plongent des milliers de personnes dans la précarité et l’invisibilité.
En bloquant symboliquement le pays, la mobilisation affirme deux choses à la fois : que la société française est traversée, construite et habitée par des personnes immigrées, et qu’elle ne peut continuer à fonctionner normalement tant que certaines et certains vivent sans droits, sans sécurité et sous la menace permanente. S’arrêter devient alors un moyen de refuser collectivement que l’exploitation et la peur soient le prix à payer pour rester.
Cette mobilisation s’inscrit dans un contexte politique particulièrement dur. Depuis la loi portée par Gérald Darmanin fin 2023, puis les « circulaires Retailleau », il est devenu extrêmement difficile d’obtenir ou de renouveler un titre de séjour.
En France, la régularisation par le travail constitue l’une des rares voies d’accès à un titre de séjour pour les personnes sans papiers. Or, ce dispositif impose des conditions de plus en plus strictes, plaçant de nombreuses personnes dans des situations de grande précarité.
Par ailleurs, des personnes qui vivaient et travaillaient en France depuis des années avec un titre de séjour se heurtent aujourd’hui à des refus de renouvellement. Ces situations sont parfois liées à des bugs informatiques dus à la dématérialisation des démarches, parfois à des décisions préfectorales arbitraires. Elles se retrouvent alors menacées de perdre leur emploi, leur logement, et de basculer dans l’irrégularité administrative.
Cette insécurité juridique renforce les situations d’exploitation par le travail.
Découvrir le témoignage de Madame Diarra, 78 ans vit en France depuis 1988… et elle s’est retrouvée “sans papier” à cause du passage au 100% numérique :
Concrètement, la mobilisation invite chacun et chacune à s’organiser : dans les quartiers, sur les lieux de travail, dans les écoles… Cela peut prendre différentes formes : informer, organiser des réunions, faire grève, bloquer symboliquement un lieu ou participer aux manifestations.
Des tracts et des affiches sont mis à disposition pour aider à s’organiser. Vous pouvez les trouver ici :
https://www.antiracisme-solidarite.org/18-décembre-2025-journee-sans-nous.

La mobilisation collective permet également d’encourager les personnes “sans papiers”, qui peuvent être dans des situations de précarité, à faire grève également.
Dans la continuité des mobilisations des années 1970 et 1980
La journée dite « sans nous », reprise aujourd’hui par la Marche des solidarités, ne sort pas de nulle part. Elle s’inscrit dans une longue histoire de luttes des personnes migrantes face à des politiques migratoires injustes.
En France, cette idée apparaît déjà au début des années 70. En 1972, le gouvernement adopte les circulaires Marcellin-Fontanet. Ces textes obligent les personnes étrangères à avoir à la fois un contrat de travail et un logement pour pouvoir s’installer en France. Elles ont aussi été utilisées pour encadrer très strictement la régularisation des étrangers déjà présents sur le territoire.
Résultat : du jour au lendemain, des dizaines de milliers de travailleurs immigrés ne peuvent plus être régularisés.
Face aux risques d’expulsions, des travailleurs immigrés entament des grèves de la faim, soutenues par d’autres travailleurs qui se mettent en grève et bloquent des chantiers. Leur message est clair : sans les travailleurs immigrés, l’économie ne fonctionne pas.
Ces grèves et mobilisations ont conduit à un recul partiel du gouvernement : suspension provisoire d’une partie des circulaires et ouverture d’une large fenêtre de régularisation, puis, à plus long terme, annulation de plusieurs dispositions par le Conseil d’État.
Les années 1970 et 1980 ont été marquées par de nombreuses mobilisations portées par les personnes immigrées et leurs descendants, notamment la Marche pour l’Égalité et contre le racisme de 1983. Elles ont fortement façonné la politique migratoire française à travers des décisions législatives concrètes comme la création de la carte de séjour de 10 ans en 1984.
Une inspiration américaine
Après les attentats du 11 septembre 2001, le président George W. Bush et son administration ont mis en place des politiques extrêmement répressives visant les personnes migrantes. Sous couvert de lutte contre le terrorisme, ces mesures ont surtout conduit à une véritable “chasse aux personnes sans papiers” et à ceux qui les aident. L’idée de construire un mur entre le Mexique et les Etats-Unis émerge notamment à cette période.
En 2005, le projet de loi HR4437, adopté par l’une des chambres du Congrès, s’inscrit pleinement dans cette logique répressive. Ce texte prévoyait de transformer le simple fait d’être sans papiers en une infraction pénale, tout en pénalisant également les personnes, associations ou travailleurs qui leur venaient en aide. Cette attaque directe contre les droits et la solidarité a provoqué une mobilisation massive à travers le pays.
De grandes manifestations ont alors eu lieu dans plusieurs villes des États-Unis. À Chicago, environ 300 000 personnes sont sortis dans la rue, tandis qu’à Los Angeles, près de 1,5 million de manifestant·e·s ont bloqué l’ensemble de la ville. Parallèlement, des centaines de milliers de travailleurs immigrés ont choisi de ne pas se rendre au travail pendant une journée, donnant naissance à la « journée sans immigré·e·s ». Cette mobilisation a eu un impact concret : une partie de l’économie a été paralysée, le port de Los Angeles a été temporairement fermé, et de nombreuses universités, restaurants et commerces ont cessé leur activité en soutien au mouvement.
L’impact est tel que le projet de loi finit par être abandonné.

Une lutte toujours d’actualité
Aujourd’hui, la Marche des solidarités s’inscrit dans cette continuité. Face à des lois de plus en plus dures et des discours racistes et xénophobes qui stigmatisent les immigré·e·s, les collectifs rappellent une chose essentielle : les personnes migrantes, “sans papiers”, mineures isolées, non blanches, etc, font pleinement partie de la société.
Si vous souhaitez en savoir plus sur l’organisation des manifestations en France le 18 décembre, nous vous recommandons de regarder sur le site de la Marche des Solidarités : https://www.antiracisme-solidarite.org/18-décembre-2025-journee-sans-nous.
On a aussi fait une vidéo informative sur cette journée sur Instagram :
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Et en fait il y a une 3e nouvelle :
Le premier épisode de notre podcast (audio et vidéo) sort (enfin) lundi prochain !
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