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(Grande annonce), virage suédois - tournant pour Komune 🎉

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Jeannette & Anna đź’›



🇸🇪 Immigration en Suède : d’un pays d’accueil à une rhétorique d’extrême droite

Hausse des expulsions dites “volontaires”, durcissement des conditions de naturalisation, suspension des demandes d’asile syriennes… En quelques mois, la Suède a multiplié les mesures restrictives en matière d’immigration. Dans un pays autrefois considéré comme une terre d’accueil, le ton a radicalement changé.

En cause : l’influence croissante de l’extrême droite, et une idéologie qui s’est installée au cœur même du pouvoir. Le parti des Démocrates de Suède, fondé par des nationalistes et des néonazis, a obtenu plus de 20 % des voix aux dernières élections. Il soutient aujourd’hui la coalition de droite au Parlement, et imprime sa marque : discours civilisationnistes, amalgame entre immigration, insécurité et fraude sociale, ciblage implicite des personnes musulmanes...

Dans sa dernière déclaration, le ministre de la Migration et de l’Asile évoque même l’idée d’une “conduite honorable” comme condition d’accès à la nationalité. Un glissement idéologique net, dans un pays historiquement attaché à la social-démocratie.

Jimmie Åkesson, chef du parti des Démocrates de Suède. A Visby, le 1er juillet 2014. Jimmie Åkesson, chef du parti des Démocrates de Suède, s’adresse à une foule de sympathisants enthousiastes à l’avant, tandis qu’à l’arrière, une partie du public se détourne ostensiblement et scande des slogans contre le racisme. ©News Oresund, Flickr.


Alors, comment la Suède en est-elle arrivée là ?
Pour le comprendre, il faut remonter plusieurs décennies en arrière.

La construction d’un “modèle suédois” de politique migratoire

“Modèle suĂ©dois”. Vous avez peut-ĂŞtre dĂ©jĂ  entendu cette expression sans savoir vraiment Ă  quoi elle faisait rĂ©fĂ©rence. En fait, cette expression dĂ©signe une façon particulière de gouverner, qui fait l’équilibre entre capitalisme et État-Providence. En gros :  

. Sur l’aspect Ă©conomique, c’est un système en faveur du libre-Ă©change, de la crĂ©ation d’entreprises et de l’innovation. 

. Sur le plan social, le rôle du secteur public est très important, il y a un haut niveau de syndicalisation et des mécanismes de redistribution et de protection sociale importants. Y compris pour les personnes étrangères.

Ce modèle existe en Suède depuis les annĂ©es 1930. Sauf qu’à cette Ă©poque, l’immigration n’était pas la plus grande prĂ©occupation dans le pays. Et ça se comprend : historiquement, la Suède est plutĂ´t un pays d’émigration. Surtout pendant le XIXe siècle et toute la première moitiĂ© du XXe siècle, oĂą plus d’un million de SuĂ©dois ont quittĂ© le pays pour aller vivre aux États-Unis et en Australie. 

En plus de ça, le pays n’a pas eu d’empire colonial (on dit bravo la Suède), donc il n’est pas concernĂ© par l’immigration issue des dĂ©colonisations comme ont pu l’être la France, le Royaume-Uni ou l’Espagne. Tout cela explique que dans les annĂ©es 1940, la Suède soit encore un pays Ă  la population ethniquement très homogène, avec moins d’1% de personnes non-europĂ©ennes. 

Mais après la Seconde Guerre mondiale, la tendance s’inverse : pendant la guerre froide, la Suède accueille davantage d’immigré.e.s, notamment venu.e.s de Finlande, de Pologne ou de Yougoslavie. L’économie est en plein boom, le “modèle suédois” tourne à plein régime, et le pays fait venir de la main-d’œuvre étrangère pour répondre à ses besoins, comme beaucoup d’États européens en reconstruction.

Mais ce qui distingue la Suède des autres pays européens, c’est surtout son accueil des réfugié.e.s politiques. Et ça, on le doit en grande partie à Olof Palme, figure majeure de la social-démocratie suédoise et “père” du système d’asile ouvert qui a longtemps fait la réputation du pays.

Olof Palme. ©Nationaal Archief, Wikipedia Commons.

Premier ministre à partir de 1969, Palme incarne une gauche audacieuse : farouche défenseur de l’égalité, il s’oppose ouvertement à la guerre du Vietnam, dénonce l’apartheid en Afrique du Sud, milite pour les droits des femmes… et s’engage résolument en faveur du droit d’asile. Sous son impulsion, la Suède devient une terre d’accueil pour celles et ceux qui fuient la répression : du Chili de Pinochet à l’Iran, en passant par l’ex-Yougoslavie et l’Irak.

Mais ce modèle (presque trop beau pour être vrai) ne va pas perdurer, et va laisser place à un tournant marqué par la restriction de l’asile.

2015 : l’échec de l’accueil ? Choc et tournant restrictif des politiques de la Suède

En 2015, le conflit en Syrie crĂ©e une forte Ă©migration qui s’ajoute Ă  celles d’autres pays du Moyen-Orient comme l’Afghanistan et le Pakistan et d’Afrique subsaharienne comme le Nigeria… 

Au total, plus d’un million de personnes arrivent en Europe en 2015 pour demander l’asile : le phénomène est hyper médiatisé, tout le monde parle de la “crise des réfugiés”... Bref, l’immigration concentre tous les regards.

En rĂ©ponse Ă  ce phĂ©nomène, les pays europĂ©ens ont eu des attitudes diffĂ©rentes dans l’accueil des demandeur.euse.s d’asile. Certains se sont dĂ©marquĂ©s par une fermeture totale, comme la Hongrie et la Pologne, tandis que d’autres ont Ă©tĂ© des exemples d’ouverture. Quand je dis ça, vous pensez peut-ĂŞtre Ă  l’Allemagne, mais c’est aussi vrai pour la Suède ! En effet, il s’agit du pays d’Europe qui a accueilli le plus de demandeur.euse.s d’asile proportionnellement Ă  sa population totale : environ 160 000 en 2015, sur une population de presque 10 millions d’habitants. Alors oui, ça peut ne pas sembler Ă©norme dit comme ça, mais par rapport aux 75 000 accueillies par la France et ses 66,5 millions d’habitant.e.s ça montre quand mĂŞme la bonne volontĂ© de la Suède. 

Statistics Sweden (SCB) Immigrés en violet et émigrés en rouge par an (2000–2017).

Mais juste après cet épisode, la Suède opère un virage brutal et ferme largement ses portes. Pourquoi un tel revirement ? Difficile de désigner une seule cause, mais plusieurs facteurs ont sans doute joué un rôle.

D’abord, l’effet de surprise : le pays ne s’attendait pas à recevoir autant de demandes d’asile en si peu de temps.
Ensuite, un climat de peur et de tensions identitaires s’installe : dans la foulée des attentats de 2015, des discours politiques et médiatiques associent immigration, insécurité et menace culturelle. L’extrême droite s’en empare, impose ses récits et transforme l’immigration en “problème public”.
Enfin, l’isolement politique : au niveau européen, les divisions persistent. Faute de solidarité sur la répartition des arrivant.e.s, la Suède se retrouve seule à gérer la situation.

Résultat : Dès la fin de l’année 2015, la Suède réinstaure des contrôles à ses frontières et adopte une loi temporaire en 2016 pour réduire le nombre de demandeur.euse.s d’asile et le nombre de permis de séjour accordés. C’est drastique : on passe de 163 000 demandeur.euse.s. en 2015 à 29 000 l’année suivante.

Cette tendance Ă  la restriction va se poursuivre jusqu’à aujourd’hui, sur fond de rĂ©surgence de l’extrĂŞme droite, d’amalgames et de crise du “modèle suĂ©dois”. 


La nouvelle doctrine suédoise : exclusion plutôt qu’intégration

Aujourd’hui, l’immigration est devenue l’une des priorités affichées du gouvernement suédois. Porté par le soutien des Démocrates de Suède, le pouvoir mène une politique de plus en plus restrictive, marquée par une rhétorique civilisationnaliste et une logique d’exclusion.

Autocollant des débuts du parti : « Sjöbo montre la voie » (Sjöbo est une commune dont le maire centriste avait, en 1988, organisé un référendum contre l’accueil des réfugié.es).

Parmi les mesures récentes : le triplement du budget alloué aux retours dits “volontaires”, le durcissement des conditions de naturalisation (avec un passage de 5 à 8 ans de résidence minimale), ou encore la suspension de l’examen des demandes d’asile syriennes, malgré la persistance de violences et d’instabilité dans le pays.

L’objectif affiché : renforcer les “exigences” posées aux personnes étrangères. Mais ces choix marquent surtout un abandon progressif des politiques d’intégration au profit d’une approche dissuasive, voire punitive.

À rebours de l’héritage social-démocrate porté par des figures comme Olof Palme, la Suède semble aujourd’hui tourner le dos à l’image de “terre d’accueil” qui a longtemps façonné sa réputation internationale.



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