Article de Komune Média

JOP – Entre promesses d’inclusion et politique d’expulsion, le double jeu de Paris 2024

✍️ Maud Tardieux, stagiaire à Komune Média

Affiche du film Les Nageuses de Sally El Hosaini.

Vous vous souvenez peut-être de Yusra Mardini, jeune nageuse syrienne, dont l'histoire migratoire et olympique, avait inspiré le film Les Nageuses (2022). 

Après avoir fui Damas avec sa sœur Sara, traversé la Méditerranée et repris l’entraînement à Berlin où elle avait obtenu l’asile, elle réalisait son rêve de participer à la compétition sportive la plus suivie au monde (plus de quatre milliards de spectateurs et spectatrices) : les Jeux olympiques. 

C’était à Rio en 2016, à tout juste 18 ans et sous bannière olympique. Elle formait aux côtés de neuf autres athlètes réfugiés ( venus du Soudan du Sud, du Kenya, de la RDC) la toute première équipe olympique des réfugiés. 

Aux Olympiades suivantes, celles de Tokyo 2020, elle était de nouveau sélectionnée, et devenait même porte-drapeau et ambassadrice de cette équipe à la dimension éminemment symbolique : 

« C'est un honneur pour moi de porter le drapeau car cela signifie que je représente les réfugiés du monde entier et que je porte leurs espoirs d'un monde meilleur. »

Yusra Mardini au Jeux Olympiques de Rio en 2016. Crédits : Getty Images

L’équipe olympique des réfugiés : un message d’espoir et de solidarité envoyé au monde

Cette initiative d’une Olympic refugee team remonte à 2015. Thomas Bach, président du Comité international olympique (CIO) l’annonçait lors d’une Assemblée générale des Nations Unies avec un message fort d’inclusion : 

« L'équipe olympique des réfugiés envoie un signal fort sur l'enrichissement que représentent les réfugiés pour notre communauté olympique et pour la société en général. »

Basée sur des critères de performance et sur la confirmation du statut de réfugié par le HCR (l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés), la sélection des athlètes de cette équipe s’efforce de proposer une « représentation équilibrée des sports et des sexes, ainsi que de la répartition des pays d'origine ». L’idée : que les plus de 120 millions de déracinées dans le monde – poussés à l’exil aussi bien par les conflits que les persécutions – trouvent à s’y reconnaître. 

Ce qui singularise aussi cette équipe plurinationale, outre le fait qu’elle fait figure d’exception au sein de Jeux, (dont le principe consiste à mettre  en compétition des athlètes au titre de leur nationalité, selon une approche propice au déploiement d’un nationalisme exacerbé), ce sont les modalités inédites de participation de ses athlètes : défilé sous bannière olympique lors de la cérémonie d’ouverture – en deuxième position après la délégation grecque – et passage de l’hymne olympique en cas de sacre.

Huit ans après Rio, on peut considérer que l'initiative du CIO a été un succès pour sensibiliser au sort des athlètes réfugié.es et des déraciné.es dans le monde en général, avec quelques moments forts restés dans les mémoires –  la victoire de Yousra Mardini lors de sa série de 100 mètres papillon par exemple. Jusqu’à se trouver réitérée pour les Jeux de Tokyo en 2021 et de nouveau cette année à Paris.

Les membres de l'équipe olympique des réfugiés lors des JO 2016. Crédits photo : Franck FIFE / AFP

Les valeurs olympiques : Excellence, Respect, Amitié

Pour comprendre dans quelle démarche s’inscrit le Comité olympique, il faut comprendre qu’il ne se définit lui-même pas seulement comme le « gardien des JO » (c’est-à-dire l’entité qui les organise tous les deux ans, Jeux hivernaux compris), mais aussi comme le « chef de file » de ce qu’il appelle l’Olympisme. C’est-à-dire d’un ensemble de valeurs dont il s’est fixé la mission de propager dans la société grâce aux JO et au sport, plus fondamentalement.

Sa visée : « mettre partout le sport au service du développement harmonieux de l’homme, en vue d’encourager l’établissement d’une société pacifique, soucieuse de préserver la dignité humaine » (Cf. Charte olympique)

En fait, à la racine même de la création du CIO en 1896, deux ans avant les premiers Jeux de l’ère « moderne » à Athènes, il y a l’idée que le sport peut être mis au service de la paix entre les peuples et de l’amitié entre les individus.

Plus précisément, les trois valeurs dont l’organisme organisateur des JO se réclame sont l’Excellence, le Respect et l'Amitié (Cf. Charte olympique : « ​​Les Jeux Olympiques inspirent l'humanité à dépasser les différences d'ordre politique, économique, racial, religieux ou de genre, et forger des amitiés malgré ces différences »).

Un idéal olympique qui a pu se traduire par tout un ensemble de réalisations en phase avec les grands principes dont il se veut l’étendard (l’équipe olympique des réfugiés par exemple) mais qui a aussi pu se trouver compromis et même instrumentalisé. 

Car à bien s’y pencher, la jeune histoire des JO modernes apparaît vite jalonnée d’exclusions, de discriminations (n’oublions pas que les femmes ont été bannies des épreuves de course de plus de 200 mètres jusqu’à 1968), et de compromissions plus ou moins graves avec des régimes oppresseurs (les Jeux de Berlin de 1936 en sont l’exemple le plus célèbre, mais on pense plus récemment au choix de Pékin pour l’organisation des Jeux 2020, synonyme d’une occultation discrète de la politique répressive du gouvernement chinois à l’encontre de la minorité ouïghoure, pourtant pleinement à l’encontre des valeurs défendues par le CIO). 

Affiche des Jeux de Olympiques de Berlin en 1936. L'imaginaire nazi se mèle à la mythologie grecque. Crédits : Archives Snark / Photo12)

Des engagements croissants du CIO vis-à-vis des déplacé.es

Concernant l’engagement du CIO vis-à-vis des exilé.es du monde, il a été croissant depuis 2015, alors qu’il devenait l’une des priorités affichées par le CIO (inscrite dans la recommandation 11 de l'Agenda olympique 2020+5), au moment où s’aggravent un certain nombre de crises politiques et sociales entraînant l’exode de millions de déplacés (par exemple la montée en violence et en intensité des combats de la guerre civile syrienne).

Mais ce soutien s’est aussi traduit par des résolutions plus concrètes, avec la création, la mise à disposition de fonds, et l’accompagnement de projets permettant de « garantir un accès au sport en toute sécurité aux personnes victimes de déplacements forcés » grâce à une Olympic Refuge Foundation. Cela en collaboration avec les Nations Unies et d’autres organismes spécialisés dans le soutien humanitaire. 

À son actif on pourra mentionner des campagnes de dons (comme la campagne d’appel aux dons de vêtements de sport « Donner c’est gagner »), l’achat et l’installation d’équipements sportifs dans des camps de réfugiés ou zones de repeuplement (camp de Kakuma au nord-ouest du Kenya par exemple), l’organisation de sessions sportives dans ces mêmes camps, ou encore l’octroi de bourses à des athlètes réfugiés (grâce à un autre organisme du CIO, la Solidarité olympique).

Paris 2024 : un nombre d’athlètes réfugié.es record

Il s’accompagne aussi symboliquement d’un étoffement continu de la délégation des sportifs et sportives réfugiés invités à concourir aux JO. À Paris, ce sont 36 athlètes de onze pays qui ont été retenus (contre 29 à Tokyo), dont quatorze Iraniens. Ils viennent aussi d'Afghanistan, de Syrie, du Soudan du Sud ou de Cuba. 

Comme à Tokyo, les réfugiés présentent également une délégation aux Jeux paralympiques : ils y seront huit contre deux en 2016 (c’était alors seulement sous le statut d’athlètes indépendants) et à suivre dans six sports. À noter qu’ils ne comptent qu’une seule femme dans leurs rangs, l’Afghane Zakia Khudadadi, championne d’Europe et réfugiée en France depuis trois ans. Accueillie à l’INSEP, l'institut phare du sport français, l’athlète a fui les talibans revenus au pouvoir en 2021. 

En réalité, ce seront probablement les athlètes prétendant à un podium ou à un titre qui auront le plus de chance d’attirer l’attention du public et de mettre en lumière les parcours d’exil et de résilience dont ils sont autant d’exemples, dans une compétition qui reste – malgré tout – une glorification de la performance et une célébration de l’excellence sportive poussée à son paroxysme. 

La grande chance de médaille (et donc d’attirer l’attention des médias) de cette équipe, c’est la championne Cindy Ngamba. Prétendante à l’or en boxe (catégorie moins de 75 kg), elle est née au Cameroun et partie à onze ans au Royaume-Uni, où elle n’obtient le statut de réfugiée qu’en 2020. C’était après avoir frôlé une expulsion dans son pays natal, où son homosexualité est condamnée pénalement. 

Elle sera porte-drapeau aux côtés d’un autre athlète au parcours exemplaire, Yahya al-Ghotany, contraint de fuir la Syrie avec sa famille lorsque la guerre a éclaté et qui a commencé le taekwondo au camp de réfugiés d'Azraq (Jordanie). 

L’équipe Olympique des réfugiés de Paris 2024. Crédits : © IOC/John Huet

La notion olympique d’héritage

Comme pour toutes les Olympiades, les Jeux de Paris sont présentés comme « une opportunité unique de créer une dynamique positive au service d’un nouveau projet de société » .

Cela dans la droite ligne de la notion d’héritage, chère au CIO et définie dans certains de ses textes. Mais à quoi se réfère ce mot énigmatique ? C’est l’idée qu’il faut attendre des JO qu’ils apportent des bénéfices durables aux villes et aux communautés hôtes, même bien après la fin des compétitions. 

Concrètement, c’est le Comité d'Organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024 (COJOP), présidé par le triple champion olympique Tony Estanguet, qui organise les Jeux et doit assurer son héritage, avec l’appui de la Ville de Paris et du gouvernement français. Mais cela en collaboration étroite avec un CIO dont il suit les directives, et sous sa supervision constante.

D’où une responsabilité du Comité pour veiller à ce que les Jeux de Paris soient bel et bien porteurs d’un impact positif pour la région hôte de la compétition, et en adéquation avec les valeurs d'égalité et de respect du Mouvement olympique. 

C’est dans ce cadre qu’a été créé en 2019 un Fonds de dotation, Paris 2024. Financé à hauteur de 50 millions d’euros, il a permis d’appuyer plus de 1 300 projets utilisant le sport à des fins d’impact social.

Dans le secteur de l’inclusion des personnes réfugiées, on pourra prendre l’exemple d’un programme lancé en 2022, Terrains d’Avenir, soutenu par l’Olympic Refuge Foundation et le Ministère des Sports et des Jeux Olympiques et Paralympiques, et porté par six structures d’inclusion par le sport. Un succès ayant permis à plus de 5 000 participants dont une grande majorité de déplacé.es d’accéder gratuitement à une offre de 30 activités par mois, avec un but : améliorer leur bien-être physique et mental grâce au sport.

C’est au titre de ce type d’initiatives que, du président de la République à la maire de Paris Anne Hidalgo, en passant par Tony Estanguet et la ministre des Sports et des JOP ( (Jeux Olympiques et Paralympiques) Amélie Oudéa-Castéra – c’est-à-dire les personnalités centrales de l'organisation de la plus grosse célébration sportive jamais célébrée dans l’Hexagone (et même en Outre-Mer à Tahiti), on n’a pas cessé de nous vendre les Jeux les plus inclusifs de l’histoire : 

 « La France va accueillir les athlètes sur les Jeux les plus inclusifs, paritaires et durables de l’histoire. » (Emmanuel Macron, à trois jours de la cérémonie d’ouverture, le 23 juillet 2023).

Les dessous de la médaille 

​​Mais à y regarder de plus près, si la promesse de « Jeux plus responsables, inclusifs, paritaires et spectaculaires que jamais » se traduit dans un certain nombre de résolutions concrétisées (nombre record d’athlètes réfugiés en lice, parité du nombre d’hommes et de femmes aligné.es sur la compétition, Jeux paralympiques d’une ampleur inédite), elle s’accompagne aussi d’insuffisances voire d’hypocrisie : 

C’est ce que s’est efforcé de le démontrer un collectif d’associations et d’acteurs et actrices de la solidarité, « Le revers de la médaille ». Il se forme en septembre 2023, avec la publication d’une lettre ouverte signée par 70 organisations (il regroupe aujourd'hui plus de 100 organisations, associations et fédérations) s’inquiétant d’un risque d’impact social négatif de l’organisation des JOP.

Après avoir enquêté sur des expulsions de campements, squats ou bidonvilles réalisés depuis 2023 en Seine-Saint-Denis dans le cadre de la construction de bâtiments olympiques, il a publié en juin le rapport « 1 an de nettoyage social avant les JOP 2024 ». 

Le collectif y dévoile les dessous d’une politique de « nettoyage » s’exerçant à l’encontre des segments les plus précarisés de la population francilienne. En première ligne : les sans-papiers, les réfugiés, ou encore les travailleur.euses du sexe. En fait, les victimes collatérales des JO, ce sont toutes celles et ceux qui « feraient tâche » sur le paysage fantasmé de la carte postale de Paris et de la France que les organisateurs des Jeux voudraient envoyer au monde.

L’action du collectif du Revers de la médaille du 15 décembre 2023. Crédits photo : CARON/ZEPPELIN/SIPA / Sipa.

« Nettoyer » Paris de ses « indésirables » 

Le rapport fait état de pas moins de dix expulsions de squats de personnes exilées précarisées en Seine-Saint-Denis « pour un total de 1 967 personnes expulsées ».

Celle qui a connu la plus forte résonance médiatique, c’est celle du squat Unibéton l’année dernière, occupé depuis 2020. Issues principalement des communautés tchadiennes et soudanaises, les plus de 400 personnes délogées vivaient à deux pas d’un des sites du futur village olympique. 

Le problème, c’est que pour une grande partie de leurs occupant.es, ces squats sont la seule alternative possible à la rue, en raison de leur difficulté à accéder à un logement institutionnel (saturation de l’offre, difficulté et lenteur de l’accès à des logements sociaux, restriction de l’orientation d’hébergement d’urgence à des publics relevant de critères de priorité dits « n°1» depuis août 2023). Elle leur donnait aussi une possibilité salutaire de bâtir une vie en communauté et de tisser des réseaux et des solidarités dans des situations de précarité parfois dramatiques. 

Qu’advient-il de ces indésirables après leur évacuation ? Ils sont généralement envoyées en dehors de l’Ile-de-France vers des « sas » d'accueil régionaux, depuis la mise en place d’une circulaire signée par Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur, et Olivier Klein, ministre du Logement, au printemps 2023. 

La France en compte dix éparpillés dans la métropole : Lyon, Marseille, Strasbourg, Toulouse, Bordeaux, Rennes, Besançon, Rouen, Angers et Orléans. Ils y restent quelques semaines avant d’être réorientés soit vers une structure alternative soit vers le 115. Problème : le numéro d’hébergement d’urgence est aussi saturé en région qu’en Île-de-France. Beaucoup se retrouvent alors à la rue ou bien, ironie de l’histoire, retournent en Île-de-France.

Le secteur associatif n’est pourtant pas le seul à se préoccuper de la situation. Le rapport rappelle qu’en janvier, Claire Hédon, la Défenseure des droits, avait ainsi « décidé de se saisir d’office de risques d’atteintes aux droits et libertés ainsi que d’éventuelles situations de discrimination dans le contexte de la préparation et de l’organisation » des JOP de Paris. L’inquiétude est également internationale, alors que le rapporteur spécial des Nations Unies sur le Droit au Logement interpellait le gouvernement français en avril et lui demandait de se justifier. 

Les autres Olympiades ont-elles fait mieux ?

La volonté politique d’invisibiliser des indésirables est un schéma en réalité récurrent dans l’histoire des Jeux, et, à ce sujet-là, le COJOP de Paris ne fait que suivre une ligne assez caractéristique de l’organisation des dernières Olympiades, où se trouvent engagées les responsabilités de toutes les entités encadrant leur réalisation.

Entre « nettoyage » des rues, criminalisation des individus marginalisés, et déploiement de politiques répressives, etc. le rapport Fair Play for Housing Rights (du Centre pour le droit au logement et contre les expulsions) montrait comment depuis vingt ans les JO ont impacté de façon quasiment systématique les habitant.es les plus précaires des villes d'accueil. Pour « embellir » la ville, 1,5 million de personnes auraient ainsi été expulsées pour les Jeux de Pékin en 2008 et 77 000 pour Rio 2016. 

Beaucoup de chercheur.euses ont décrit et caractérisé les phénomènes d’expulsions et la gentrification qui ont marqué les JO des dernières décennies. Selon l’universitaire Jules Boykoff, spécialiste des JO : « de manière un peu grossière [...] les délogements et les expulsions adviennent plutôt dans les pays du Sud, alors l’on observe plutôt dans les pays du Nord un mouvement de gentrification accélérée. En réalité, les deux phénomènes se croisent ».

Car la construction de sites olympiques représenterait aussi bien souvent « l'occasion de remplacer des logements sociaux par des logements à prix de marché ». Il rappelle qu’à Londres (2012), c’est ainsi plus de 1 000 personnes qui auraient été délogées.

Manifestation d’habitants expulsés à Pékin. Crédits : Photo trouvée sur le site de France 24.

Les travailleurs migrants : autres victimes collatérales des Jeux

Parmi ceux qui subissent le prix des JO, les travailleurs migrants et sans-papiers, mobilisés en grand nombre sur les chantiers olympiques, le payent double.

D’abord parce qu’ils sont nombreux à habiter dans une Seine-Saint-Denis qui accueille une flopée d’infrastructures olympiques, et en subissent donc les expulsions mais aussi le spectre d’une montée possible du coût de l’accès au logement post-olympique.

Les ouvriers du foyer Adef à Saint-Ouen en ont fait les frais. Après l’annonce de sa destruction en 2019 pour faire place à une autre partie du futur village olympique, ses près de 300 résidents avaient entamé un bras de fer victorieux contre la SOLIDEO, l’établissement chargé des infrastructures des JO, pour obtenir un relogement décent. 

Là où ils sont également perdants, c’est que les conditions de travail sur les chantiers ont été affectées par le contexte olympique, alors même qu’Emmanuel Macron avait promis que les préparatifs des JO se feraient dans les meilleurs conditions de sécurité – avec pour toile de fond le souvenir encore présent dans les esprits des scandales liés aux conditions de travail désastreuses des travailleurs migrants des installations de la Coupe du monde de football du Qatar (2022). 

Des manquements sur les chantiers

Car si les données gouvernementales ne font état que de 200 blessés et d’aucun mort, des témoignages et rapports d’inspection montrent que les sites des JO seraient plus dangereux que ces chiffres ne laissent à penser, alors que certains projets ne respecteraient pas les normes de sécurité de base.

En juin 2023, Amara Dioumassy, un maçon de 51 ans, mourrait percuté par un camion sur le chantier du bassin d’Austerlitz, où l’encadrement sécuritaire était insuffisant. Il n’a pourtant pas été compté comme un mort lié aux JO, car ce n’est pas sur un chantier de la SOLIDEO mais de la Mairie de Paris que l’accident s’est produit (alors que l’ouvrage a pour fonction de stocker les eaux pluviales et usées pour limiter la pollution de la Seine et la rendre baignable pour l’évènement). Depuis 2020, on compterait ainsi sept morts sur liés aux JO (Cf. chantiers du RER, du Grand Paris express, etc.)

Amara Dioumassy est mort le 16 juin 2023, écrasé sur un chantier de l'entreprise Urbaine de travaux - Darras et Jouanin. Crédits : DR

Et si les statistiques officiels reflètent mal la réalité, c’est aussi parce que lorsque les travailleurs sans-papiers se blessent, ils ont tendance à traiter le problème en secret plutôt qu’aller déclarer un accident du travail. 

Or c’est au moins une centaine de travailleurs irréguliers qui ont été embauchés illégalement pour les Jeux, dont dix ont intenté une action en justice contre des entreprises du BTP en juin 2023. Originaires d’Afrique subsaharienne, ils déploraient des conditions de travail pénibles, une embauche sans contrat de travail de travail, des défauts de prise en charge des heures supplémentaires et des frais de déplacement et de restauration par neuf entreprises sous-traitantes. 

En fait, le recours à des entreprises sous-traitantes pour les travaux des JO pose un véritable problème, car il expose particulièrement les travailleurs sans-papiers à la vulnérabilité. Il permet à des filiales souvent sans scrupule d’exploiter la précarité matérielle et juridique d’ouvriers peu enclins à aller dénoncer les abus subis – par peur de subir une arrestation – pour les payer en dessous du minimum légal et ne pas respecter les normes encadrant le travail et la sécurité sur les chantiers.

Alors aussi belles les promesses d’inclusion et d’olympisme du COJOP et du CIO pour les déplacé.es soient-elles, la réalité concrète des personnes immigrées et sans-papiers en Île-de-France est un peu plus terne.

L’équipe de Komune vous souhaite un bel été ☀️
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