Article de Komune Média

« 9 000 euros d’amendes à 16 ans » : Les dessous des contrôles au faciès

En Île-de-France, les contrôles d’identité répétés touchent particulièrement les jeunes perçus comme Noirs et Arabes. Les amendes qui s’accumulent deviennent ingérables.

Policiers à Paris, image libre de droit ©tranmautritam/Pexels

Une première contravention pour un contrôle, puis une autre, puis la majoration s’applique parce qu’elle n’a pas été payée. En quelques mois, certaines dettes deviennent impossibles à rembourser pour ces jeunes.

Dans un reportage du média Loopsider tourné à Évry, des adolescents racontent cumuler les amendes à un rythme effréné. Ils expliquent même qu’il n’y a plus réellement de contrôle.

Les interventions sont si fréquentes, que leurs identités seraient déjà connues des agents. Les amendes se cumulent alors, sans même qu’ils ne comprennent qu’ils ont été verbalisés. « Il suffit que le policier nous voit et il fait ce qu’il veut, il arrivera à le justifier ».

L’un de ces jeunes qui a 16 ans affirme devoir déjà 9 000 euros d’amendes à l’État à cause de ces interventions quotidiennes. « Là je vais travailler, tout mon salaire ils vont le prendre » dit-il.

Des contrôles illégaux (en théorie)

Dans le droit français, les contrôles d’identité sont encadrés, mais sur le terrain les contrôles discriminatoires sont régulièrement rapportés. Dans l’une de nos capsules vidéo, Sofiane Feriani, avocat pénaliste, nous explique que les « contrôles de routine » n’existent pas.

En 2025, la France a été condamnée par la Cour européenne des droits de l’Homme pour un contrôle reconnu discriminatoire. L’État a versé 3 000 euros de dommages et intérêts à Karim Touil pour le préjudice moral subi (3 contrôles en 10 jours). Les requêtes de cinq autres plaignants ont en revanche été rejetées faute de preuves pour justifier la discrimination dans leur cas.

Siège de la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg. Crédit: ©Hassan Anayi / Unsplash

« Des preuves difficiles à obtenir »

« En droit, si vous n’avez pas les éléments de preuve pour fonder vos prétentions, on va vous dire peut-être que vous avez raison, mais malheureusement, on ne peut rien faire » explique Maître Feriani. Celui-ci conseille de filmer les contrôles, sauf que dans le reportage, les jeunes répondent à cela : « Quand on filme, ils cassent nos téléphones ».

Se pose alors la question de l’identification des agents.

Dans le cadre d’une plainte ultérieure, il est possible d’identifier les policiers lors d’un contrôle. Chaque agent est censé porter un numéro d’identification que l’on appelle le numéro RIO. Mais là encore, cette obligation n’est pas toujours respectée.

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